Harry Potter et la fantaisie des genres

La série Harry Potter est devenu un incontournable élément de notre culture. Enfants comme adultes se sont laissés charmés par cet univers étrange et séduisant, qui est petit à petit devenu la pierre angulaire de l’imaginaire de toute une génération. Pourtant, si tout fan et lecteur assidu peut se targuer de connaitre chaque détail de la saga, il est plus compliqué de ranger celle-ci dans un genre avec certitude. En effet, cette série se situe à un carrefour des genres, qui témoigne à lui seul d’un flou dans la classification de l’écriture de l’imaginaire.

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De nos jours, la littérature de l’imaginaire est souvent associée à la littérature jeunesse, voir enfantine dans le cas des contes et fables. Il ne faut cependant pas oublier que le merveilleux nous vient certes des contes, mais aussi des légendes et des mythes, qui constituaient la littérature populaire du Moyen-Age. Le Romantisme lui même est un courant travaillant le fantastique, touchant par lui le réel. Au final, la littérature fantastique, voir même la fantasy qui lui est associé, sont mal connus et sont des genres au contenu divers. D’un point de vue littéraire, ils concernent tout ouvrage présentant un monde premier réaliste et un second imaginaire. Tolkien fut le premier à établir clairement les codes de ce genre, en estimant tout d’abord que le passage d’un monde à l’autre emprunte à la littérature enfantine, puisque ce retour simple à l’imaginaire est lui même un réflexe enfantin. La révérence faite au Romantisme ne tarde pas à suivre aussi, puisque Tolkien voit, en celui-ci qui crée ce passage entre l’imaginaire et le réel, une figure de prophète, de privilégié proche de la Nature. Cela permet aussi de comprendre les valeurs chères à ce genre, qui sont celles du contes, du mythes, des légendes. L’homme face à la tentation du progrès, des péchés, du Mal. L’univers d’Harry Potter se place dans cet héritage: d’un côté les moldus, si psycho-rigides et normaux qu’ils en deviennent absurdes, et de l’autres les sorciers, qui dans l’absurdité de leur monde paraissent plus humains. Harry Potter fait le lien entre ses mondes, les rendant complémentaires, tout comme la saga fait lien entre les genres, en toute cohérence.

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Harry, ‘juste Harry’, comme il le dit si bien, vit avec son oncle, sa tante et son cousin, véritables Thénardier, où alors peut-être peut on voir en Harry un Cendrillon moderne…en tout cas le thème du conte est là, et le grand méchant sans coeur sera à la hauteur de cette référence. Le héros est aussi destiné, tout humble qu’il est, par une prophétie, et aussi par l’espoir que l’on place en lui, et nous voilà dans un registre presque mythologique. Ce registre est aussi nourrit par la symbolique: Harry est associé au phoenix et au lion, par Gryffondor, mais aussi au cerf par son père, et au serpent, par Voldemort. Chaque animal soutient alors un mythe différent, plaçant encore une fois Harry Potter à la croisée des histoires. Il porte à la fois le symbole du Chevalier au coeur de lion, de l’animal qui charma Eve, de Cernunnos qui est à la fois la vie et la mort, et de l’animal qui renait de ses cendres. Voldemort lui aussi croise les cultures, en exploitant le serpent sous diverse forme. Symbole de Serpentard, cet animal est à la fois la figure du tentateur, mais aussi la mère aimante sous les traits de Nagini. Celle-ci en effet fait référence aux Nagas, qui sont à la fois donneuse de vie et cimetière. Ainsi si Voldemort fait figure du grand Mal, les serpents et autres reptiles et dragons sont souvent des références païennes, raccrochés à la Nature et à une forme d’amour pur. Cette exploitation des mythes et légendes permet ainsi de tisser des liens dans notre esprit, faisant de ce monde un monde plein, puisque nous le connaissons instinctivement par références. Ainsi pouvons nous noter quelques thèmes présent dans Harry Potter qui peuplent les légendes de nos enfances, telle la pierre philosophale, les miroirs magiques, et les chats malins.

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On peut aussi noter qu’Harry Potter se soumet plutôt docilement aux archétypes dégagés par Campbell, marquant un départ, un apprentissage et un retour. Il rencontre ainsi un messager, qui lui apprend son passé, accepte sa quête, observe une amitié avec une figure paternel, et fait office de chevalier lui-même. Cette aventure se termine lorsque le héros revient dans son monde, à tout jamais porteur d’une sagesse supérieur, mais prêt à vivre en paix. Mais avant il y a la quête, les sept années et leurs sept travaux, avec les sept horcruxes, qui côtoient les trois reliques des trois frères, et les trois amis que nous suivons. Il y a au final deux chemins, celui des Enfers, ou celui du Paradis, et Harry reviendra à la vie. C’est là cependant qu’il s’éloigne du monomythe, puisque ce héros n’est pas le mécène d’un savoir autre et nouveau. Harry n’apporte pas la lumière après la victoire, il n’a pas de savoir à transmettre. Seul le lecteur le connait alors, et se fait l’oreille aux aventures profonde de ce héros, qui aura grandit avec lui, prenant tour à tour un air de Cosette, Hercule, Batman, Frodon…et bien d’autres encore.

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Le quatrième opus de la série créera une fracture dans celle-ci. En effet, La coupe de feu plongera le lecteur dans l’horreur. Du conte de fée et des fin heureuses il ne reste rien, le temps des meurtres et des voix glaciales est venu, le Mal s’insinue, il n’est plus une ombre, il est un corps sans coeur. Le lecteur est travaillé au corps et au coeur tout aussi bien, puisque ses émotions sont brassées à mains nues. Il n’est plus l’heure didactique du conte et des codes du merveilleux, la fantasy s’induit en morale et en prise de risque, touchant pleinement nos émotions.

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Il faut alors avouer la diversité et la richesse de cet univers, mais surtout ça plus grande force. Lorsque Rowling nous raconte, le temps d’un chapitre, puis d’une pièce de théâtre, le “dix-neuf ans plus tard”, elle concrétise ce que l’on sait déjà. Les portes de l’imaginaire ne se referment jamais, et il suffit de quelques lignes pour donner un monde au lecteur. La saga est au final empreinte de références multiples et assumées, et traverse les genres, assumant tout les codes sans compromis.

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