Doctor Who, ou la place de la science dans la fiction.

Doctor Who est une série de science fiction. En quoi alors est-il intéressant de parler de cette série plutôt qu’une autre ? Tout d’abord car c’est la plus vieille diffusée, mais aussi car il est rare qu’une série non-étasunienne rassemble tant, et depuis aussi longtemps. Toujours diffusée, elle a fait sa place dans l’imaginaire collectif, touchant un public large sans s’arrêter à des conditions démographiques ou générationnelles.

Le docteur est un alien à forme humaine, un seigneur du temps. Les seigneurs du temps sont les possesseurs d’une technologie extrêmement avancée, dont le docteur est le parfait représentant. Sans gâcher les arcs narratifs de chaque saison, nous pouvons définir les aventures du docteur ainsi : il erre dans l’univers à bord de son Tardis (Time and Relative Dimension in Space), avec toujours à ses côtés des compagnons humains, et sauve régulièrement la Terre d’un danger extra-terrestre. Si il est, comme nous l’avons dit, porteur d’une science particulièrement élaborée, il s’oppose souvent à une autre forme de science, celle de ses ennemis, vouée au mal. La fiction use donc de la science, mais ne l’explique pas. L’intelligence du docteur est spontanée, brièvement expliquée, mais la vulgarisation s’arrête là. D’un côté donc, le docteur, sensible et enjoué, et de l’autre les ennemis, qui, par la magie du voyage temporel, retrace notre histoire ou tente de la prédire.

doctor who tardis GIF

Le tournevis sonique, célèbre accessoire du docteur, résume assez bien le côté scientifique du protagoniste : il expertise (obscurément parfois, admettons le), et répare. Ses ennemis eux, comme Missy/Le Master, les Dalek ou encore le docteur Lazarus, sont des inventeurs, des chercheurs qui essayent de mener leurs projets théoriques en plan diaboliques. L’hypothèse scientifique est au cœur de tout. Ainsi, même lorsque le problème parait surnaturel, sans explication, le schéma devient celui du Chien des Baskerville, et l’histoire retrouve une dimension compréhensive. Comme exemple, nous pouvons citer les épisodes “the vampire of venice”, “tooth en claw” et surtout “Hide”. Le mysticisme est l’occasion de dévoiler un problème de science fiction, où l’imaginaire et la science prennent tous les deux leurs trônes. La science permet de crédibiliser la fiction, mais aussi de rendre les méchants plus terribles avec les intelligences artificielles et les interactions étranges de la science avec l’humain. La science fiction permet d’imaginer aussi le futur de la science, nous penserons ainsi au cybermen, et aux dalek, tous deux liés à l’humain.

peter davison earthshock GIF by Doctor Who

Il est intéressant alors d’observer le diptyque inhérent à la série. La science a deux visages : le docteur, et ses ennemis. Ce combat est totalement éthique. Le Docteur prend le rôle du bon scientifique, ses ennemis sont les scientifiques fous, les dérives de la science. Le docteur est un humaniste, et sa science l’est donc par ricochet. Les ennemis sont misanthropes, et leur science ne se voue qu’à cela. La science n’est pas toujours rationnelle ou totalement expliquée dans la bouche du Docteur, elle s’efface face à l’urgence, et aux sentiments. Le seigneur du temps est sensible, parfois impatient ou crédule, mais ses recherches et raisonnements intègrent cela, nous menant à penser que l’imperfection fait partie de nos êtres, et il faut l’inclure dans toute équation. Les découvertes, nous les faisons ainsi, parfois par hasard, parfois par chance, souvent dans l’urgence, et avec de l’inventivité.

david tennant GIF

Les compagnons du Docteur sont les personnages les plus proches de nous, car ils sont humains, et à une place que nous aimerions occuper. Dans la série, ils sont les garants de la morale, et de l’humanité du Docteur et de la fiction. Moins savant que leur ami, ils sont les jugent des technologies qu’ils croisent, en donnant un regard éthique et moral. Le Docteur n’est en effet pas humain, mais c’est son “sonic scewdriver” qui marque ses intentions : ce n’est pas une arme, il ne se bat pas, il répare.

doctor who television GIF by BBC America

La fiction dans Doctor Who porte donc une réflexion sur la science. Il ne s’agit pas de totalement lui être hostile ou aveugle, mais de faire la distinction. D’un côté la science sauve, et permet un développement, comme le Docteur l’utilise. D’un autre côté, il y a les méchants, et, par l’oeil des compagnons nous sommes appelés à nous méfier de la science comme ils l’utilisent. La fiction se fait donc ici un moyen de véhiculer une vigilance politique et morale, entretenant des débats sociaux, se payant le luxe de les traiter plusieurs fois, au gré des voyages dans le temps.

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