Harry Potter et les jeux de la traduction.

La traduction littéraire est porteuse de défis qui lui sont propre, et qu’on ne retrouve pas obligatoirement dans les autres domaines de traduction, telles les traductions judiciaires ou scientifiques. En effet, la traduction littéraire doit être attentive au sens porté par les mots, dans leur symbolisme mais aussi par la place qu’ils occupent dans l’intrigue.

Nous avons ici choisi de nous intéresser au cas de la traduction dans la saga Harry Potter. En effet, ce cas est particulièrement intéressant. Jean-François Ménard a ainsi traduit la saga, alors même que celle-ci était encore en cours d’écriture, et, lors de la traduction du premier tome, sans s’attendre à la popularité qui suivrait. Il a alors traduit des noms, des lieux, des concepts, sans avoir une vue d’ensemble sur leur sens dans l’œuvre et leur importance.

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Nous nous concentrerons donc ici sur la traduction entre l’œuvre originale et la version française, afin de comprendre ses enjeux. Celle-ci doit en effet permettre la compréhension d’un univers fantastique et très anglais à un public étranger, dont la lecture et l’immersion seront largement facilitées s’il peut appréhender les jeux de mots et l’ambiance de la version originale.

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Il est intéressant alors de constater les choix du traducteur. Nous verrons donc ici les cas où celui-ci a conserver des mots de la version originales, puis ceux où la traduction permet une immersion linguistique et affective, avant de nous intéresser aux cas ou la traduction à, pour différentes raison, perdue un sens de l’œuvre originale.

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Harry Potter présente un univers complexe, possédant ses propres codes et dialectes. Le monde d’Harry Potter étant le nôtre, c’est d’abord par ses expressions que le monde des sorciers nous est présenté. Les sorts, les noms, les lieux même présentent des particularités linguistiques qui mêlent des expressions anglaises à un vocabulaire propre au fantastique. Cependant, certains noms sont les mêmes dans la version originale et la version française. En effet, si souvent le défi du traducteur est de transposer les expressions anglaise dans quelque chose qui nous permette de nous identifier, parfois les références parlent à plusieurs cultures. Ainsi, il convient ici de parler des références latines qui concernent de nombreuses occurrences dans l’œuvre.

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Remus Lupin. Professeur emblématique apparaissant dans le troisième libre, Le prisonnier d’Azkaban, il est un allié d’Harry, et se situe globalement du côté des héros. D’aspect pittoresque, il a pour particularité de faire lien entre plusieurs générations de protagonistes, mais aussi d’être un des seuls loup-garou nommés de l’intrigue. Ainsi, lui et son némésis, Fenrir Greyback, ne bénéficient pas de traduction pour leurs noms. Pour Fenrir, on peut comprendre qu’il ne soit pas nécessaire de traduire un prénom, surtout quand celui-ci réfère à des mythologies (ici nordique) qui ne sont pas explicites dans le texte original. Greyback cependant, réfère à deux mots anglais : gris et dos, et aurait pu être traduit afin de permettre l’intégration de certains concepts aux plus jeunes. Dans le cas de Remus Lupin, les deux références sont latines. Remus fait référence au frère de Romulus, élevé par une louve, et Lupin à lupus, loup en latin. Ainsi la traduction n’est pas non plus nécessaire puisque la référence est faite à une langue morte, il s’agit donc de garder une certaine subtilité, et de conserver plusieurs niveaux de compréhension. La directrice de la maison Gryffondor garde donc pour la même raison son prénom, Minerva, qui renvoie à la déesse romaine de la sagesse et de la stratégie. Les noms renvoyant donc à un référent lointain, mais cependant commun à une majorité du public peuvent donc conserver leur intégrité sans subir de changement selon les versions. D’autres noms cependant restent inchangés, sans avoir de référent clair et évident. En effet, parfois, il est impossible de trouver de correspondance entre les langues, et le traducteur laisse donc intacte la version originale.

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Dumbledore et Hagrid. Le célèbre directeur de Poudlard, et le géant à la bonhomie constante. Aucun de ses deux noms n’a subi de traduction, pour la simple et bonne raison que leur signification n’a pas d’équivalence en français. Dumbledore fait référence au bourdon, or Ménard a trouvé maladroit de traduire ainsi ce nom, jugeant cela trop littéral. L’image de l’insecte aurait alors donné une autre vision du personnage, tandis de Dumbledore, par sa simple prononciation, permet un symbolisme. L’alitération et la redondance présentent dans le terme permettre de traduire la caractère imprévisible et fantasque du personnage, même lorsque l’on ignore le sens du mot. Hagrid, quant à lui, désigne une personne hantée par des cauchemars ou des esprits frappeurs. Aucun mot ne permettant de traduire cela en français, le nom a été gardé.

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Les incantations sont souvent également les mêmes dans la version originale et la version française. La raison est la première que nous avons évoquée : ils font aussi référence à des termes latins, voir même français. Ainsi, nox fait référence au mot latin pour « nuit », Expelliarmus à « expellere », qui signifier expulser, sonorus permet d’amplifier sa voix…Seuls les sorts tels que « Point me » ou « Quietus », utilisant des termes anglais, sont traduits afin de s’adapter au public français, devant « Pointe au nord » et « Sourdinam ».

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Lorsque les problèmes de sens sont vaincus, et qu’il reste cependant un écart culturel entre les versions, la traduction doit être au service de l’immersion. Pour la série de livre Harry Potter, le défi est de taille, puisque tout l’univers est profondément anglais. Des paysages aux plats, en passant par les uniformes et les bâtiments, tout situe l’univers des sorciers comme un reflet tout aussi british mais souterrain de Londres. Ainsi, les expressions sont aussi le reflet de cette culture, et la version française doit alors permettre au lecteur de s’approprier et de s’identifier lui aussi à cet univers.

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Nous pouvons commencer par noter le mots « muggle », traduit par moldu en français, qui illustre bien le travail fait par le traducteur. Les « muggle » sont des non-magiciens, ce sont donc des personnes sans pouvoir, souvent dans l’ignorance du monde magique. « Muggle » est un terme rare en anglais, apparaissant à l’écrit pour la première fois au dix-septième siècle, dans une pièce de Thomas Middleton. Ce mot ne possède pas de réelle définition. La traduction « Moldu » permet alors de garder la sonorité de la version originale, et d’introduire subtilement l’expression « mou du ». Ainsi le lecteur français peut instinctivement comprendre la connotation de ce terme.

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Dans les films comme dans les livres, certaines expressions et injures sont utilisée de manière récurrente. C’est le cas notamment pour « Bloody Hell », « Ruddy » et « Peabrain ». Il est alors impossible de traduire littéralement ces expressions, « enfer sanglant » ne voulant par exemple rien dire en français, mais il s’agit alors de trouver une équivalence, afin de conforter le lecteur et de garder du sens. « Bloddy Hell » est alors traduit par « nom de nom », ou « nom d’un dragon » selon l’interlocuteur. Les examens subissent le même sort. En effet, les « owl » et « newt » en anglais, sont des acronymes, il s’agit donc de trouver un mot qui puisse aussi servir ce dessein en français. Les examens sont donc pour nous francophones les « buse », « brevet universel de sorcellerie élémentaire » et les « aspic ». Le même problème s’est posé avec le nom du grand méchant, Tom Marvolo Riddle. En effet c’est ce nom même qui permet au personnage, en changeant les lettres de place, d’écrire « I am Voldemort », seulement, cette phrase ne marche qu’en anglais. Voldemort ayant alors une consonance française, c’est le « je suis » qu’il nous manque. C’est ainsi que nous le connaissons sous le nom de Tom Elvis Jedusor. Le miroir du Rised échappe à cette problématique, désir ayant la même orthographe, à un accent près, dans les deux langues.

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Malgré tous les efforts de traduction que nous avons pu citer, il est évident que quelques objections peuvent être faites. Ainsi, si la traduction permet une appropriation culturelle certaines, parfois, un sens ou une subtilité plus ou moins importante peuvent être observées.

Avant d’observer un problème certain dans l’intrigue, nous allons ici observer ce qui peut être vu comme un coup de chance dans la traduction. La maison « ravenclaw », littéralement griffe de corbeau, est traduite par « serdaigle » en français, conservant ainsi une sonorité chantante et fluide. Cela est d’autant plus raccord que l’emblème de la maison s’avère être…un aigle, et non pas un corbeau. Cependant, ce changement de nom nous amène directement à un problème de la traduction français : le changement d’initial. Dans la version anglaise, les quatre créateurs des maisons possèdent la même première de prénom et de nom de famille, laquelle donnera le nom de leur maison. Tout au long de l’histoire, des personnages liés à eux observerons la même particularité. Ainsi, si en français nous connaissons Rowena Serdaigle, celle-ci se nomme Rowena Ravenclaw en anglais, et sa comparse est Helga Huflepuff, non pas Helga Poufsouffle.  Le symbole d’unité est alors perdu, mais certains liens ne peuvent aussi pas être fait. En version française nous connaissons ainsi Severus Rogue au lieu de Severus Snape, et même si cela traduit bien son caractère, le lien avec Salazar Slytherin est alors moins évident.

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Les doubles initiales sont un élément important dans l’appréhension des personnages. L’allitération ainsi produite permet un rythme particulier, et surtout une différente lecture des caractères. Les personnages qui sont ainsi nommés sont particuliers, forts et représentatif. Ainsi retrouvons nous Minerva McGonagall, Filius Flitwick, et donc, en version originale, Severus Snape. Celui-ci porte donc les initials de Salazar Serpentard, plus que Voldemort il est donc proche des valeurs de cette maison. Il est digne de porter ce nom car il est sang-mélé, fière, fort et ambitieux. Gellert Grindelwald porte aussi les initiales d’un créateur, Godric Gryffondor. Si Severus Snape permet une vision plus clémente de sa maison, Grindelwald permet une vision plus sombre de la sienne, montrant les revers de la gloire et de l’intelligence.

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            L’étude de la traduction d’Harry Potter permet donc de comprendre les subtilités de cet exercice. La traduction doit à la fois transmettre le sens mais aussi le contexte de l’œuvre. L’ambiance, l’univers doit s’adapter à la langue, il s’agit de reconstruire un contexte seyant à tout lecteur. La caractère anglais et magique de l’œuvre permet de comprendre les difficultés de cette traduction, et d’évaluer les libertés prises par le traducteur.  Celles sont s’appuient sur des référents communs qui permettent aux enfants d’intégrer fluidement et inconsciemment des concepts, que les adultes auront tout le plaisir de décortiquer et analyser. Le désavantage de cette traduction au fil de la traduction originales est, nous l’avons vu, un sacrifice de certaines subtilités que le traducteur ignore, tout comme nous. Si le nom de Voldemort n’avait pas été dans le même tome que celui de Tom Elvis Jedusor, l’anagramme n’aurait pu être traduit, et nous n’aurions pu comprendre la genèse de ce nom.

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