The Witcher 3, ou la monstruosité qui interroge

Avant toute chose, sachez que cet article ne traitera que d’une partie du jeu (il y aurait tellement à en dire!) et ne met en scène qu’une vision subjective du sujet.

Ensuite, pourquoi ne traiter que le 3, et pas le 1 ou le 2 ? Et bien sans doute parce que c’est celui sur lequel j’ai passé le plus de temps et auquel je suis donc le plus attaché.

Pour ceux qui seraient parvenu à ne pas en avoir entendu parler, The Witcher 3 est un jeu sorti en 2015 sur PC, Xbox One et PS4. Il a reçu trois award, du jeu le plus attendu, du jeu de l’année et du meilleur jeu de rôle. Orienté action-RPG, il met en scène les aventures de Geralt de Riv, sorceleur de son état (un mutant tueur de monstre), entre quête principale aux allures d’épopée et contrats contre des monstres vraiment monstrueux.

Outre son gameplay fluide et instinctif, ce qui marque dans ce jeu, c’est son univers tellement immersif. Qui n’a jamais ressenti un léger frisson en traversant une forêt dense, sous une pleine lune rayonnante, avec le hurlement d’une meute de loups affamés se rapprochant dangereusement ? Qui n’a jamais arpenté les rues de Novigrad, en s’émerveillant devant le rythme de vie si réaliste et prenant de tous ses habitants ?

Nostalgie quand tu nous tiens ! Mais abordons plutôt la thématique qui nous intéresse, les monstres !

Pourquoi celle-ci précisément ? Je dirais que c’est parce qu’elle est au coeur du jeu, elle en est même son essence. Chaque jeu à ses ennemis, mais ici, ils revêtent une importance particulière, je m’explique.

Vous incarnez Geralt, un humain que des manipulations chimiques ont transformé en mutant, à la force, l’agilité et les sens décuplés, et tout ça dans un seul but, protéger les humains de ces viles créatures qu’une grande catastrophe naturelle a un jour amené sur cette terre.

Ca, c’est la version officielle, qu’on raconte aux enfants.

En vérité vous êtes une sorte de gardien de l’équilibre, un pont entre deux mondes, celui des monstres, et celui des hommes.

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Je suis un personnage complexe comme le montre ma cicatrice.

Vos années d’expériences et vos mutations vous ont rendu à même de communiquer avec toutes ces créatures effrayantes sans hurler de peur, et même face au plus menaçant des loups-garous, vous êtes capables de garder votre calme.

Certes, il existe des monstres que rien ne peut raisonner (on se souvient tous de ces vampires tapis dans des cavernes, prêts à dévorer quiconque se risquerait à y entrer), mais vous avez souvent la possibilité d’interagir avec eux, de discuter, de les comprendre, et finalement, de faire un choix.

Et c’est là toute la beauté de la chose, ce choix. Vous pouvez être un boucher sans pitié, et tout massacrer à grand revers d’épée en argent…Sinon vous pouvez prendre le temps de réfléchir.

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Est-ce que j’ai éteins le four ?…ah bha du coup non mdrrr.

The Witcher 3 c’est aussi une remise en question, une sorte de mini introspection : Devrais-je réellement décapiter cette succube, alors qu’elle s’est contentée de se défendre suite à une agression ? Ce petit célicole qui dessine sur les murs et s’amuse à faire des farces aux inconscients mérite-t-il réellement de se faire chasser de sa maison ? Interrogez-vous, que feriez-vous à la place de Geralt ? Que feriez-vous en votre âme et conscience ?

On se surprend régulièrement à se prendre de sympathie pour ces créatures anormales, et pourtant si familière, et pour cause : en quoi sont-ils bien différents de nous ?

Oui cette succube à des cornes et sabots, mais ça ne l’empêche pas d’avoir sa fierté de femme, et de n’aspirer qu’à une vie paisible. Oui ce célicole a une peau d’une teinte différente et des yeux globuleux, mais sa naïveté d’enfant est bien réelle, et occuper une maison abandonnée mérite-t-il réellement qu’on l’en chasse ?

Autant de questions que l’on est régulièrement amenés à se poser, et qui sont suivis d’une surprenante révélation.

Après tout pourquoi ne ferais-je pas comme je veux ? J’ai le choix après tout !

Tiens, j’épargne ce loup-garou contre la promesse qu’il aille vivre ailleurs, loin des innocents, et cette répugnante créature ? Je vais combattre sa malédiction et lui rendre son apparence de vieillard qu’on avait maudit par cruauté !

Au final, nous sommes un peu les Hagrid de ce monde sauvage, et c’est notre devoir de nous occuper de tout cela, parce que les autres sont trop apeurés pour le faire, et c’est là que se trouve le premier paradoxe si savoureux de The Witcher 3.

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Un bien beau paradoxe

Les hommes ont peur des monstres à cause de leur apparence et ne cherchent pas au-delà du physique, alors qu’ils ont tant de caractéristiques en commun avec eux. Ils les cataloguent comme des « créatures à abattre », sans même se questionner sur la justesse de leur choix, sur la véracité de leur réflexion.

Et cela arrive très fréquemment, on pourrait accuser l’obscurantisme de ce monde médiéval, mais il y a autre chose, comme une leçon de vie à en tirer, parce que la manière dont les hommes traitent les monstres dans ce jeu n’est pas différente de la manière dont nous nous traitons entre nous dans le monde réel.

Ce qui nous amène à notre second paradoxe.

Ces humains qui cherchent aveuglément à faire disparaître ce qui les répugne, sans même chercher à comprendre, sans aucune moralité, est-ce qu’ils ne se comportent pas…comme des monstres ?

Ironique n’est-ce pas ?

Comme le dit si bien notre héros au cours de l’aventure, les hommes ont bâti des murs pour se protéger des monstres, mais bien souvent ces derniers sont derrières les murs. Ou pour faire plus simple, les monstres ne sont pas toujours ceux qui en ont l’apparence, car ce sont les actes, et non le physique, qui décident de ce que nous sommes.

Il est toujours amusant de voir des trolls tenir parole lorsque vous leur proposer de troquer leur prisonnier humain contre une devinette, et qu’ils ne parviennent pas à la résoudre. Ils sont doués d’une candeur, d’une rigueur qui bien souvent fait défauts aux autres antagonistes humains.

Ce qui nous amène à notre troisième paradoxe.

La manière dont on vous traite dans ce jeu.

Ma foi, vous êtes le sauveur de ces gens, une sorte de super-humain, capable d’affronter des fantômes, des bêtes de la taille d’une grange, ou des vampires, vous êtes le fleuron de l’humanité.

Et bien non.

Non, aux yeux de la majeure partie des humains (exception faite des sorcières, des enfants et des gens qui vous connaissent vraiment) vous êtes…un monstre.

Redondant n’est-ce pas ?

Avouons-le, votre visage pleins de cicatrices, vos yeux de chats, et vos réflexes surhumains vous font gagner la peur et l’horreur de vos paires. On vous paye des pièces d’or contre vos services, avec en primes les insultes et le dédain offert, quand on ne tente pas de vous rouler dans la farine pour vous éliminer afin d’économiser un peu.

Les hommes ont peur de vous parce que vous incarnez ce qu’ils ne sont pas, vous êtes différents, et plutôt que de faire l’effort de vous comprendre, on vous rejette (mention spéciale à ce client dont vous refusez la prime pour qu’il offre un meilleur futur à sa fille et qui vous dit que « finalement les sorceleurs ont un cœur », vous êtes trop bon mon brave).

C’est là toute la beauté de ce jeu, vous dépeindre l’homme dans toute son horreur, dans tout ce qu’il a de méprisable, d’effroyable, dans tout ce qui le caractérise, ses bons comme ses mauvais côtés. Tout cela est rendu possible par le fait que l’on incarne un héros qui n’est pas réellement humain, sa position lui permet de faire preuve d’un recul certain, en plus d’une patience légendaire et un cynisme délicieux.

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L’art du barbecue.

Car oui, du haut de sa centaine d’année, Geralt de Riv en a croisé des imbéciles, et pourtant il continue d’exercer, mais il le fait autant pour les hommes que pour les monstres, se demandant souvent lesquels sont les pires à côtoyer.

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