Le voyage de Chihiro et le monde moderne

Du Miyazaki, une petite fille intrépide, des esprits et un bébé obèse : oui, aujourd’hui nous allons parler du Voyage de Chihiro, œuvre produite par les studios Ghibli et sortie en 2001.

L’histoire est construite sur une notion simple : une famille japonaise se perd, échoue dans un endroit sacré, hors du temps, et y reste piégée. Dès les premières minutes, une des thématiques majeures du film est clairement installée, la confrontation entre le nouveau monde, moderne, industriel et coupé de ses racines, avec les traditions, la nature et le fantastique.

On peut l’observer par la coupure, le point de passage : les parents, grosse montre au poignet, roulant en Audi, deux symboles de la consommation moderne, s’aventurent dans un tunnel sombre, long et humide, alors que leur fille, plus sensible à ce qui l’entoure, ressent un danger et essaie de les en empêcher. Peut-être parce que les enfants sont encore reliés à la nature et à l’invisible, n’ayant pas encore transités dans l’univers terre-à-terre des adultes. Rien n’y fait, ils passent de l’autre côté, loin de leur monde, sans un regard en arrière. Une force semble les y attirer, et leur fille les suit malgré elle.

Un des points représentant le monde moderne dans le voyage de Chihiro apparaît ensuite : cette force étrange qui les attirent se transforme en un fumet délicieux, la nourriture les poussent en avant, et ils tombent sur un paradis de mets plus appétissants les uns que les autre. Ils sont poussés par un instinct animal, ne respectant rien, n’attendant pas qu’on les autorise à toucher aux plats, se jetant de plus en plus voracement sur la nourriture. L’instinct primaire de consommation, qu’on pourrait rapprocher de celui poussant à l’achat, au matérialisme, prend le dessus et modifie corps et esprits jusqu’à ce qu’ils se transforment en porcs.

Le Sans Visage se gavant de plus en plus, sans limite, est une bonne représentation du parallèle avec la consommation matérielle. Ou de toi avec la fonsdalle.

Cet animal est certainement le plus représentatif de l’industrialisation : le porc est à la base un animal sauvage, le sanglier, à qui on a retiré toutes défenses, tout instinct naturel, pour ne garder que la servitude, la bêtise, les qualités d’une bête bonne à élever en masse pour nourrir un pays. Chihiro les découvre, essaie de fuir, mais trop tard : l’eau de la rivière est montée, la nuit tombée, elle ne peut plus s’évader.

Par la suite, le rapport à la nature reviendra de nombreuses fois, avec un thème récurrent chez Miyazaki, l’écologie. Le monde moderne détruit, pollue, corrompt le vieux monde, avec par exemple le dieu de la rivière qui doit être purifié, et duquel sort une montagne de détritus, un vélo, un toilette, des conserves, véritable personnification de la pollution de l’eau au Japon.

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Dans le voyage de Chihiro, Miyazaki dénonce également l’oubli des valeurs ancestrales, de la spiritualité, des légendes et des contes du Japon qui se perdent, et en disparaissant entraînent avec eux une part de l’identité du Japon. Il glorifie l’entraide, le respect, l’empathie au fil de son récit. Néanmoins, si l’établissement thermal représente bien l’ancien monde, il n’est pas décrit comme un idéal : lui aussi s’égare dans les dérives du consumérisme, de l’individualité, de l’appât du gain, avec par exemple un passage où une foule entière se rue sur des pépites d’or lâchées par le Sans-Visage, oubliant toutes leurs valeurs et leur unité face à cette opportunité de richesse.

Ce film résonne comme un tableau du monde traditionnel et nous plonge dans sa beauté, ses créatures enchantées, son aura mystique. Mais ce tableau se délave peu à peu, perdant de ses couleurs par endroits, s’écaillant totalement à d’autres. Les esprits s’en vont, quittant notre terre, et avec eux une part de la magie qui nous entoure. Nous ne ressortiront pas forcément le cœur léger de cette aventure.

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