3 films de Bong Joon Ho : l’imaginaire au service des causes

Nous sommes habitués à la profusion de films fantastiques, SF ou fantasy venant du géant américain, avec en première cause l’argent nécessaire à la création de ces œuvres. Mais ils ne sont pas les seuls, loin de là, à s’être attaqués à l’imaginaire. La Corée du sud, pays du thriller par excellence, est le berceau d’un réalisateur s’étant démarqué de ses pairs, par son style autant que par son succès, qui a récemment conquis notre pays en remportant la Palme d’Or 2019 : Bong Joon-ho.

Mettant de côté ses débuts dans le thriller, je vais vous présenter trois de ses films qui sont ancrés dans les genres de l’imaginaire.

      1. The host

Film sorti en 2006, The host raconte l’histoire d’une famille à Séoul confrontée à une bête difforme. Déjà à l’époque, le réalisateur créait des histoires puissantes avec de réelles thématiques, des causes qui lui tiennent à cœur. Ici, ce sera la pollution et la domination des USA. Ces problématiques sont réunies via le fait réel sur lequel se base le film : dans les années 1980, une entreprise américaine pollua gravement la rivière Han. Dans la fiction, c’est cette pollution qui transforme un calamar en monstre et déclenche toute l’histoire. Tout au long du film, pollution et américains sont étroitement liés, par exemple avec l’épisode où ils essaient de tuer le monstre par le biais d’une arme chimique (très bonne idée quand on a créé cette bête semi-aquatique plus ou moins par le même moyen). Le visuel des films catastrophes, avec ces organisations militaires équipées de protections rappelant les combinaisons contre la radioactivité, ont fortement inspirés The Host, posant des forces américaines d’autant plus inquiétantes derrières leurs masques, et les opposant aux “vraies personnes” qui vivent ici et ne sont, elles, pas coupées de la réalité.

Étonnamment, ce film sera un succès planétaire, restant 18 semaines d’affilés en salle aux états-unis et prenant la première place des films sud-coréens les plus vus, malgré le message anti-USA très clair.

Mais ni les thématiques, ni le genre du film de monstre, ne priment sur ce film. Comme dans toute la filmographie de Bong Joon-ho, la caméra se concentre d’abord sur les liens sociaux, la crise que traverse cette famille n’est qu’un prétexte pour la décortiquer de plus près. La famille déstructurée devra réussir à s’unir pour vaincre le monstre et Park Gang-du, le personnage principal, essaiera de trouver sa place dans un monde qui ne veut pas l’entendre.

the host asian cinema GIF

« Quand un cœur se brise, le fracas qu’il fait peut s’entendre à des kilomètres à la ronde », dira le grand-père, expliquant la douleur de son fils. La beauté du film réside dans ses dialogues, ses gestes, balançant entre comédie et drame au fil de l’histoire.

 

      1. Snowpiercer

Le transperceneige est une adaptation d’une BD française de 1982, et le film est sorti en 2013. Ici, Bong Joon-ho s’attaque au post-apo avec une histoire partant d’un constat écologique : les hommes ont tellement déréglé la Terre qu’elle s’est transformée en une boule de glace sur laquelle plus aucune vie n’est possible. Les derniers hommes se sont massés dans un train qui tourne perpétuellement autour de la Terre pour éviter d’être pris dans la glace.

Le train est organisé selon une hiérarchie de classes sociales : les pauvres à l’arrière travaillant pour le confort des riches à l’avant. Nous suivrons un soulèvement qui embrasera le dernier berceau de l’humanité, offrant un panorama saisissant des inégalités et des oppressions dans ce monde miniaturisé. Le parallèle avec nos propres systèmes est bien vite établi, et la réalisation impressionnante du réalisateur coréen transforme ce film d’action qui aurait pu tirer sur le banal en un puissant cri de révolte.

chris evans GIF by RADiUS

      1. Okja

Après le film de monstre et le post-apo, Bong Joon-ho plonge dans le conte. Ce film sorti en 2017 sur Netflix a bousculé le petit monde du cinéma de par son mode de diffusion et a ouvert les débats sur le cinéma à la demande, la distribution en salle, la chronologie des médias en France et quels films peuvent ou non concourir pour les prix cinématographiques.

Là encore une grande thématique vient appuyer le récit, la condition animale. L’histoire est celle d’une petite fille et son compagnon, un cochon génétiquement modifié. Une entreprise a voulu créer une nouvelle espèce pour augmenter sa production et sa qualité et a envoyé des spécimens de tests à travers toute la planète. Un d’eux, Okja, atterri chez Mija et son grand-père et ils l’élèveront jusqu’à l’âge adulte. Mais l’entreprise, stupéfaite de la vigueur de Okja veut le récupérer pour le déguster en petites lamelles.

Pour sensibiliser, Bong Joon Ho a construit son film d’une manière bien particulière. Le réalisateur a choisi un porc puis l’a fait dérivé vers un animal plus fantastique afin de créer de l’empathie chez le spectateur. Et effectivement, ses yeux quasi humains, ses gestes et grognements que l’on peut comprendre sans l’aide des réponses de Mija, aident à l’identification. Le trajet horrifique de Okja nous met tour à tour face au viol, à l’emprisonnement ou encore à la torture. Puis, pour achever son message, le réalisateur applique toutes les émotions que le spectateur a plaqué sur Okja à une foule de ces supers cochons, démultipliant l’impact.

okja GIF by NETFLIX

Ce film est profondément touchant, néanmoins il n’est pas à ne pas mettre entre toutes les mains. La violence y est crue, plus psychologique que gore, et beaucoup en ressortiront le cœur au bord des lèvres.

Après ces trois œuvres, je ne peux que vous conseiller de jeter un œil sur son dernier film, Parasite, qui a remporté la Palme d’Or. Vous y reconnaîtrez des acteurs vus dans les films précédents, des thématiques et un style visuel assez époustouflant, dans un thriller dénonçant la domination des riches sur les plus démunis.

Con un tráiler se presenta 'Parasite', lo nuevo de Bong ...

 

Articles recommandés

1 commentaire

  1. […] en parlent aussi : La saveur des goûts amers, Luxuriis, MediaShow, Point sur arcane, Virvia Mondo, Un monde […]

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :