Genèse d’un personnage : Druss, de David Gemmell

Aujourd’hui nous allons nous pencher sur un personnage cher à mon coeur, j’ai nommé Druss, de l’écrivain David Gemmell.

C’est qui Druss ?

Druss est le héros du roman Druss la légende, mais on le retrouve également dans Légendes, Le Loup Blanc, La Légende de Marche-Mort et Les Epées de la Nuit et du Jour. Les plus attentifs d’entre vous auront constaté la redondance du mot “légende” dans les titres, ce n’est pas dû à un manque d’imagination. Druss est en effet un véritable modèle, une source d’inspiration qui incarne certaines valeurs que David Gemmell a choisi de mettre en avant à travers ce personnage très particulier.

Ok, mais c’est qui exactement Druss ?

Druss est un homme qui a grandi à l’écart du monde, dans un petit village où son père l’a emmené pour échapper au nom de son grand-père : Bardan le boucher. Grand, musclé, taciturne, Druss est un bûcheron qui n’arrive pas à se mêler aux autres, une seule personne paraît réellement le comprendre, c’est Rowena, sa femme. Malgré ses difficultés à se sociabiliser, il mène une vie honnête, travaille pour gagner sa croûte et rend service. Hélas, ce petit modèle de vie bucolique vole en éclat le jour où une bande de pillard incendie son village, en tue les habitants, éventre le père du héros et kidnappe sa fiancé. Druss fait alors le vœu de venger son père, et de sauver sa fiancé, quoi qu’il en coûte. On retrouve ici une parodie de la quête du chevalier des romans arthuriens, une princesse à sauver, un honneur à restaurer, il faut laver l’affront fait au héros et restaurer l’ordre. Face à la détermination du jeune homme, son père lui révèle le secret familial, dans un coffre il a gardé l’armure du grand-père, ainsi que sa hache « Snaga l’expéditrice ». Malheureusement L’arme est maudite, possédée par un démon, et il est dit que lorsque ses lames fendent l’air, on peut entendre le cri des damnés. Il est dit également que quiconque la manie sera doté d’une puissance incommensurable, mais verra son âme dévorée par le démon, jusqu’à n’être plus qu’une coquille vide, errant et tuant tout ce qui l’approche. Comme je l’avais évoqué dans un article précédent ( dont voici le lien : https://pointsurarcane.fr/2019/05/18/jai-trouve-une-super-hache-durandil-une-bonne-arme-pour-un-bon-personnage/), un bon héros doit posséder une arme s’il veut mener sa quête à bien, comme un chevalier possède son épée pour affronter les ennemis qui se dressent devant lui.

Un petit air de Perceval.

Ce qui fait le charme de Druss, c’est son incapacité à interagir avec ses semblables, parce qu’il est unique en son genre. De nos jours on appellerait ça un “inadapté social” : Il a du mal à comprendre l’humour, ne ment pas, il est brut, franc, souvent trop, en bref il est quelqu’un de profondément bon, comme un joyau qu’on n’aurait pas encore taillé. Son départ à la recherche de sa femme peut s’apparenter au voyage qu’entreprend Perceval dans Perceval ou le conte du Graal : il quitte son domaine dans la forêt et part à l’aventure dans le monde réel, un monde qui répond à des règles qu’il ignore et ne comprend pas. Il est fondamentalement innocent, et cela peut le pousser à commettre le mal. La donnée supplémentaire dans le cas de Druss, c’est sa peur de finir comme son grand-père, d’un jour emprunter la voie du Mal. 

Ayant grandi à l’écart de la société, Druss n’en connaît pas les codes, il ne sait pas marchander ou mentir, pour lui la parole sert à communiquer, pas à manipuler autrui. Les mots n’ont pas de but ultérieur, il n’est donc pas en phase avec le reste du monde. Toutefois, sur son chemin il va rencontrer un homme du nom de Shadak. A l’instar de Perceval à qui l’on va enseigner le code des chevaliers, Druss recevra comme enseignement un code d’honneur qu’il suivra toute sa vie, et qui décidera de son destin : 

Ne viole jamais une femme, ne fais pas de mal aux enfants.

Ne mens pas, ne triche pas, ne vole pas. Laisse cela aux gens médiocres.

Protège les faibles contre les forces du mal.

Et ne laisse jamais l’idée de profit te guider sur la voie du mal.

Ce code d’honneur est également un code moral, il incarne le courage, la droiture, protéger les faibles contre les forts, ne pas commettre de péchés, ne pas vivre selon ses propres intérêts. Tout ce code est tourné vers l’autrui, ce qui n’est pas sans une certaine ironie vu les capacités du bonhomme à vivre avec ses semblables.

Entre bien et mal.

La présence de ce code d’honneur n’est pas anodine, elle est là pour guider le héros parce qu’il se trouve entre le Bien et le Mal, il a le pouvoir de sombrer d’un côté comme de l’autre : Se laisser dominer par la hache, ou bien s’en servir pour une noble cause. Cette idée va le poursuivre durant tout le roman Druss la Légende. En choisissant de revêtir l’armure de son grand-père et de manier son arme, en promettant de venger son père, il s’engage sur un chemin dangereux, celui qui finit par perdre tous les héros. Toutefois en se battant pour retrouver son aimée, en se refusant à toute autre femme et surtout en refusant d’oublier ou d’abandonner devant l’ampleur de la tâche, Druss redevient une figure héroïque, pieuse même. 

Mais cela ne dure pas, et comme cela arrive à tout héros suivant sa quête, Druss en vient à douter. Lors de ses pérégrinations, il se retrouve à s’engager dans une guerre qui n’est pas sienne, il part conquérir des villes et épaule un empereur qui n’est pas le sien. Toutefois, suite à une bataille, il apprend que sa femme est morte, et il se rend compte qu’il s’est détourné de son chemin. C’est alors qu’il décide d’abandonner son arme, d’abandonner sa quête, et de disparaître. C’est ce que l’on peut surnommer l’étape du détournement, Druss a perdu de vue son objectif, et il doit se repentir. Suite à une ellipse temporelle, on retrouve le héros quelques mois plus tard, quelqu’un a retrouvé sa hache, s’est fait posséder par elle et terrorise le monde. Le héros doit donc affronter sa faute, il se fait capturer, et durant plusieurs autres mois, il va se laisser dépérir petit à petit. Sa femme est morte, il doit faire pénitence, il attend un signe quelconque, signe qui finira par lui apparaître sous la forme d’une vision. Dès lors il se reprend, retrouve une santé de fer, récupère tranquillement sa hache, et apprend par la même occasion que sa femme est toujours en vie. Cette étape dans le récit était celle de la remise en question de sa quête, est-ce qu’il allait rester le même, quelles que soient les circonstances, ou allait-il juste abandonner et mourir ? Druss ne déroge pas à son image de chevalier que rien n’arrête, malgré ses erreurs, il se remet en selle. 

Une droiture à toute épreuve.

Les événements s’enchaînent alors pour le héros qui ne s’arrête pas à un seul instant, il retourne à la guerre, il tue l’homme qui désormais vivait avec sa femme, celle-ci ayant perdu la mémoire, il gagne la guerre, et retrouve sa bien-aimée. Hélas, celle-ci était tombée dans le coma, et son seul espoir de survie était que quelqu’un aille en Enfer y chercher son âme. Druss s’improvise Orphée et n’hésite pas une seule seconde à y aller. Cette étape sera pour lui l’occasion de faire face au démon qui habite sa hache, et qui prend la forme de son grand-père, Bardan.  C’est le moment pour Druss de faire face à ses peurs, et d’affronter ses démons, d’enfin regarder dans les yeux celui qui hante son esprit, ce modèle qu’il a peur de devenir. Bardan représente la destinée de Druss, celle qu’il épouserait s’il ne s’accrochait pas désespérément à son code d’honneur, celle qu’il aurait suivre en temps ordinaire. Mais le démon ne parvient pas à faire fléchir la détermination du héros, qui refuse d’abandonner le combat. Il lui fait face, et ce faisant parvient à le vaincre, exorcisant simultanément la hache et son esprit. Ca y est, Druss est débarrassé de Bardan, en s’accrochant à ses résolutions, à ses valeurs et à son code d’honneur, il a triomphé de lui-même.

Druss est enfin devenu celui qu’il doit être, les années passent, sa légende se répand grâce à son ami, le poète Sieben, et il est considéré comme un modèle de vertu et de droiture. A travers son personnage, c’est une véritable philosophie de vie que nous offre David Gemmell, et cette philosophie trouve son point d’orgue à la fin du livre (Druss la légende), lors de la bataille de la passe de Skeln. Véritable rappel du combat des troyens contre les envahisseurs perses durant la bataille des Thermopyles, on a cette fois-ci affaire à 600 guerriers, dont Druss fait parti, qui se dressent contre l’envahisseur, qui n’est autre que ce même empereur que Druss avait aidé lors de sa quête. Ici la signification est encore plus brutale, l’empereur, avide de conquête, manque aux promesses qu’il avait fait de ne jamais envahir ces terres et passe à l’attaque, obligeant Druss à s’opposer à lui. Druss, qui fait ce qui est juste, qui défend sa terre contre celui avec qui il a versé le sang, Druss, qui aurait pu tranquillement rester chez lui avec sa femme, mais qui a choisi d’aller se battre parce qu’il le fallait. Druss, qui s’oppose au Mal partout où il prend racine et l’éradique sans faiblir.

 

 

 

 

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