2001 : L’odyssée de l’espace et les nouveaux horizons

“Si vous comprenez 2001 : l’odyssée de l’espace, c’est que nous avons échoué. Notre but étant de soulever d’avantage de questions que d’y répondre.”

Arthur C. Clarke

Après une telle déclaration de l’auteur lui-même, il paraîtrait sot de s’essayer à une quelconque dissection ou hypothèse sur l’oeuvre. Je pourrais alors vous parler avec ma subjectivité, mais là encore, cela tournerait court. Ai-je aimé ce livre ? Pas totalement : je ne suis pas moi même férue de science aérospatiale, et l’espace me procure un sentiment de profond malaise. Pourtant, j’ai trouvé l’oeuvre définitivement intéressante.

infinite loop GIF

De ce que j’ai pu comprendre, beaucoup de lecteurs ont été rebutés par la lenteur de l’oeuvre et le manque d’action. Je peux comprendre ces arguments, même si ma vision diverge drastiquement. 2001 : l’odyssée de l’espace paraît en effet plus proche d’une peinture parfois que d’un livre, et je ne m’essayerai jamais à réclamer de l’action et de la vitesse à une oeuvre picturale. Le manque de dialogue et d’action fait sens. Il ne s’agit pas ici de dérouler une intrigue, mais de montrer par les mots, et surtout d’installer un sentiment. La lenteur est normale, puisqu’elle est réelle, et en même temps subjective. Je m’explique : c’est effectivement lent, mais cela traduit bien le déroulement d’un projet, et même le trajet d’un corps dans l’espace. En même temps, nous n’assistons qu’à un laps de temps où se succèdent des découvertes,  et si l’on pense l’homme depuis son arrivée sur Terre, alors l’action est rapide.

bbc two space GIF by BBC

L’histoire nous place avec les hommes singes, devant lesquels apparaît un monolithe qui aura une étrange influence sur nos ancêtres. Ensuite, nous rejoignons un astronaute en route pour Jupiter, et comprendrons tant bien que mal son rapport au deuxième monolithe qu’il rejoint.

Entre cela, tout est une question de rituel, de technologie précise et expliquée, si bien que tout paraît plausible. Les journées des astronautes, leurs combinaisons, les antennes et les navettes, tout apparaît clair, jusqu’au dernier boulon.

space moon GIF

Lorsque la technologie laisse place à des paysages spatiaux ou à des découvertes, le contraste est saisissant. Toujours aussi précise, la description se fait fragile, poétique, et nous sommes alors hors du temps, dans la contemplation, où le temps se ralentit encore. Le rythme est lent car il faut le temps pour que les mécaniques s’activent, puis le rythme est lent car il faudrait une infinité de temps pour scruter l’intégralité de ces horizons. Ces étendues observent d’ailleurs un rapport particulier avec le lecteur : d’habitude, les descriptions permettent de nous ancrer dans la fiction, et d’imaginer sans effort le monde, qui devient image dans notre tête. Dans 2001 : L’odyssée de l’espace, les descriptions demandent un effort particulier au lecteur. Les nombreux détails nous présentent à la fois des détails scientifiques et des objets inconnus, et il devient alors compliqué de découvrir de nous même le paysage. Lorsque nous nous y essayons, le résultat est alors étrange, puisqu’il s’agit d’imaginer hors de nos référents. L’imaginaire, en effet même lorsqu’il est étrange, fait appel à nos référents, pour nous permettre de le comprendre. Ici, les référents sont troubles, et demandent à être mobilisés dans des combinaisons si nombreuses que chaque lecteur peut prétendre avoir une vision différente.

space solar system GIF by NASA

Il sera tout à fait temps de parler des actions, du rapport homme/machines et des questions soulevées par le roman dans un autre article, mais ici restons sur sa difficulté d’approche. 2001 : l’odyssée de l’espace demande un effort. Pour s’accrocher au jargon, mais aussi pour pousser son imagination à nous ouvrir les portes de cet espace. Cet effort, nous avons arrêté de le faire, quand pour chaque mot nous pensons pouvoir proposer une image. Il faut aussi faire l’effort de ne pas réclamer corps et âme de l’action, du dialogue. Les silences sont tout aussi significatifs. Il y a peu d’actions instantanées, soudaines, car tout simplement tout prend du temps. Le grain de sable qui grippe la machine prend le temps de tomber, de rouler, de prendre sa place fatale. Les justifications ne sont pas celles de personnages. Elles sont celles du temps, qui amasse et qui tue.space GIF

Tout comme les personnages, nous sommes soumis à différentes temporalités, et tout comme eux, nous ne voyons qu’une infime partie de l’histoire présentée, et n’obtenons en conséquence qu’une infime partie des réponses. Nous sommes, en tant que lecteur, déchus d’un pseudo rôle de dieu auquel de nombreux ouvrages nous ont habitués. Nous ne sommes pas omniscient, et aucun narrateur ne nous prend par la main tel un Virgile. Nous aussi, nous dérivons dans l’espace, seulement armés de nos pauvres référents et nos mécanismes habituels, qui nous permettent tout juste d’éviter les astéroïdes du désespoir.

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