Brussolo, la science-fiction à la recherche de la folie.

La science-fiction a ses thèmes de prédilections. Après les années soixante par exemple, la science-fiction française explorait avec envie sa propre société, en tentant d’en imaginer les dérives dans des futurs apocalyptiques. Les traces de la seconde guerre mondiales sont aussi laissées là avec horreur, et de nombreux romans parlent alors de l’individualisme et des risques de vouloir perfectionner sa descendance à tout prix. Les premières technologies enflamment les passions et les idées fusent sur ce qu’elles pourraient faire, en bien comme en mal, à notre société.

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Une bien belle boite crânienne

Derrière toutes ces thématiques s’en cachent pourtant d’autres. Dans L’épave, de Brussolo, se trouve par exemple l’histoire d’une initiation machiavélique. La ville de départ, qui ne cesse de me rappeler Bowerstone, avec ses usines puantes et ses esprits tordus, abrite l’âme encore innocente d’un jeune garçon, qui rêve de prendre la mer. C’est cette fuite dans l’imaginaire des vagues, nourrie par moult ouvrages historiques, qui le sauve du quotidien. Et un jour, avant que la ville ne tue ses espoir, l’occasion se présente d’un nouveau voyage.

C’est pas de la brume, plutôt un genre d’acide

Dans les quêtes d’initiations, le héros est souvent jeune, épaulé par des figures paternelles fortes, et il brave les éléments afin de grandir, et de vaincre. Ce livre, pourtant, est plus triste que l’histoire des Orphelins Baudelaire. Le jeune homme embarque bien sur un navire, aidé par Neb, une sorte de viking qui l’a fasciné de ses nombreux récits, mais celui-ci s’avérera aussi sombre que son véritable père, et beaucoup plus pernicieux. Le jeune homme est presque maudit. En effet, le mal colle à sa peau, comme il semble coller au monde. Il fuit une ville pour changer de vie, avant de s’apercevoir que ce navire porte en lui les reliques des plus grands carnages de son point de départ. Tout ce qu’il a laissé de plus sordide est alors devenu son embarcation. Quand il quittera le navire, et que celui-ci sombrera, une lueur d’espoir mourra à nouveau, puisqu’il échouera sur un rivage à côté de la source même du mal.

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YES

Le mal ne meurt pas, et surtout pas dans les mains d’un jeune homme. Ce dernier n’aura même pas la chance de gagner en expérience. Il n’est pas initié par un mentor. Pire, il affronte un mal irréel, tout seul, si bien qu’après chaque moment d’épouvante, il doute de ce qu’il a vu, oublie, se trompe, et cherche des explications logiques, qui n’existent définitivement pas. Le mal près de lui le contaminera, doucement, comme dans un rêve, et le jeune homme ne se verra même pas mourir.

Ses rêves, son enthousiasme et son innocence seront son tombeau, tandis qu’il sera la marionnette d’un mal que personne n’a su vaincre. Si tout cela n’était qu’une illusion, alors l’enfant est quand même mort, mais au lieu de devenir un homme accompli, un héros peut-être, il est alors une abomination sans âme, et quelque part au fond de l’océan, son âme joue avec les épaves. Le jeune sombre dans la folie, perdant sa lucidité dans le déni et une vaine recherche de logique. Il finit par oublier, et dans chaque moment oublié, la folie se propage, et mange un peu plus le temps de l’innocence. Tout ce que le jeune homme aimait est alors une nouvelle source de traumatisme. Les bateaux sont devenus des machineries mortelles, et sa seule amante est devenue un corps sans peau, éventré, une proue de pirate. Le quotidien du jeune homme chasse alors les souvenirs en se peuplant des anciennes peurs: la routine, les rouages, les automates  et les obsessions. Il devient peu à peu son père, il devient un homme comme ceux de sa ville.

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Une leçon de la vie elle-même

Toutes les initiations ne sont pas bonnes à connaitre, et la perte, la folie, le sang et l’obsession ne peuvent être combattues seul, car elles peuvent alors briser bien des hommes.

 

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