4 nouvelles de SF pour réfléchir sur le genre humain

Quand on veut exprimer son point de vue sur l’être humain, il n’est pas aisé de le faire de manière directe. En effet, plusieurs difficultés peuvent barrer la route des écrivains qui entreprennent ce travail :

    • Le manque de divertissement pour le lecteur face aux développements à rallonge nécessaires si l’on veut creuser sa pensée en profondeur.
    • L’impossibilité d’imager les idées mises en places, et donc la complexité de compréhension.
    • La sensibilité des sujets, pouvant braquer les lecteurs ou amener l’oeuvre à se heurter à certaines formes de censure.

Pour contourner ces obstacles, la fiction est un outil de prédilection dans les mains des auteurs, et ce depuis plusieurs siècles. Et dans la multitude de genres utilisés, un s’est particulièrement distingué au 20ème siècle, la science-fiction. Nous allons donc voir quatre nouvelles, choisies de manière totalement arbitraire, qui peignent une image de l’être humain d’une façon particulièrement originale et remarquable, à mon humble sens. Ceci n’est pas réellement une analyse mais plus un conseil de lecture, garanti sans spoil.

Notre première nouvelle, Cul de sac, est tirée de La mère des mondes, un recueil du célèbre Isaac Asimov, connu notamment pour son cycle « Fondation ». On y observe des humains, dans un empire futuriste dominant la galaxie, qui étudient une race alien, la seule douée d’intelligence jamais découverte. Au grand dam des scientifiques, les cinq mille individus restant n’arrivent plus à se reproduire, les vouant à une extinction rapide. Cette confrontation du point de vue de l’homme sur une autre espèce permet à Asimov de poser une question existentielle  : qu’est-ce qui tire le genre humain vers le haut, quel est le moteur de notre avancée technologique ou de notre reproduction ? L’auteur ne vous donnera qu’un exemple de réponse, le reste est à votre charge.

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Parler de nouvelles de science-fiction sans évoquer Philip K. Dick est bien difficile, nous passerons donc de manière succincte sur une d’entre elles que j’apprécie beaucoup personnellement, Les braconniers du cosmos. L’histoire tient en quelques pages à peine, et la pensée n’est donc pas poussée très loin, mais la structure servant à nous renvoyer notre propre image vaut le détour, utilisant un changement de point de vue entre alien et humain. Je ne peux pas en dire grand-chose sans vous dévoiler la chute, incisive comme souvent chez K. Dick, mais disons simplement qu’une réflexion sur l’idiotie de notre cupidité est présente ici.

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Revenons vers Isaac Asimov. Après avoir vu une nouvelle avec un point de vue humain, une avec humain et extra-terrestre, voici un récit où seul le point de vue alien est présent, Aucun rapport. Il part d’un postulat simple : nous sommes dans un futur très éloigné, sur Terre, et l’Amérique est peuplée d’ours géants intelligent, qui vont découvrir l’existence des Eekahs sur l’autre continent, une race faisant office de lointain descendant des êtres humains. Le reflet nous délivre une pensée sur un sujet peu facile à aborder en 1947, la bombe atomique. Asimov finit à peine sa mobilisation militaire et bien qu’elle se soit déroulée au sortir de la guerre, il semble profondément marqué par l’horreur nucléaire. Étant chimiste de profession, il crée un personnage secondaire du même métier pour en parler, et exprime l’idée que la bombe atomique est une catastrophe cyclique bloquant le développement des êtres humains, qui finissent de manière invariable par s’autodétruire avec. Cela rappelle une théorie en astronomie, le « grand filtre », qui voudrait que si aucune race alien n’est jamais parvenu jusqu’à nous pour l’instant, c’est peut-être que toutes les formes de vie se heurtent à une destruction inévitable intervenant avant de pouvoir atteindre d’autres planètes abritant la vie, et que ce grand filtre n’a pas encore été atteint pour la race humaine. La bombe atomique est-elle ce grand filtre ? Après les deux bombardement atomiques de la seconde guerre mondiale, rien de moins étonnant qu’une pensée similaire soit dans l’esprit d’Asimov.

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Pour notre dernière nouvelle, à nouveau sans point de vue humain, nous allons empiéter sur le début du 21ème siècle avec Bernard Werber et son recueil L’arbre des possibles. Si vous êtes curieux, un projet très intéressant y est lié, un site explorant des centaines de possibilités d’avenir pour l’être humain (http://www.arbredespossibles.com/ ). Dans Apprenons à les aimer l’auteur français tente une approche originale : créer un guide type « Comment s’occuper de ses êtres humains de compagnie ? ». En plus de nous renvoyer à notre condition la plus primaire, la plus terre-à-terre, soit des êtres vivants parmi tant d’autres, Werber distille une réflexion sur notre manière de traiter nos animaux domestiques. Un brin d’humour acide vient tinter le tout pour ne pas tomber dans la lourdeur.

Voilà pour nos quatre nouvelles, quatre images renvoyées par quatre miroirs bien distincts, que je vous conseille chaudement. Bonne lecture.

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