Les 4400 et la question de l’extraordinaire.

Les 4400 est une série télévisée de 45 épisodes de 42 minutes, merci Wikipédia. Elle a été créée en 2004 par Scott Peters, connu aussi pour la série Jericho, et est produite par Francis Ford Coppola, qui, pour les deux du fond un peu dissidents, a réalisé Le Parrain et un Dracula.

Cette série prend place dans notre monde, au vingtième siècle. Mais dans ce vingtième siècle là, 4400 personnes ont disparues de façon instantanée. Un générique joliment construit nous montre différentes scènes au fil des décennies, ou des bougies brûlent de tout leur long, des cigarettes se consument sur le bord de la fenêtre et des bains débordent, sans que plus personne ne soit là pour endiguer le temps qui passe. Seulement voilà, un objet étrange s’approche de la terre, et, pendant son passage, 4400 personnes apparaissent à Seattle. Certains ont disparus pendant quarante ans, ou dix, ou vingt, et pourtant, aucun n’a vieilli, et tous portent leur dernier souvenir au moment de leur disparition.

Deux enquêteurs, Tom Baldwin et Diana Skouris, vont travailler à comprendre la situation pour le compte du NTAC ( national threat assessment center, de rien).  De là, nous allons suivre le duo dans leur rencontre avec les disparus. Très vite, ces derniers vont développer des capacités surnaturelles, grâce à un neurotransmetteur qu’ils possèdent tous: la promicine.

Si vous avez dès lors envie de regarder la série, je vous conseille de ne pas continuer directement cet article, car ceci est une alerte spoil, je répète, ceci est une alerte spoil.

Les trois premières saisons vont voir de nombreux disparus mourir, à cause de leurs pouvoirs, des réactions de leurs contemporains, ou alors d’une épidémie. Nous aurons toutefois eu le temps de nous attacher à certains d’eux, et à d’autres personnages autour d’eux. Dans ceux là il y a le duo d’enquêteurs, mais aussi Jordan Collier. Celui-ci se présente tout d’abord comme un homme d’affaire philanthrope, qui s’offre de construire un centre afin de réhabiliter les disparus et de les protéger. Il s’avère pourtant assez vite qu’il profite de sa position pour utiliser les pouvoirs de certains, et ignore simplement les plus faibles. Il sera donc assassiné par un autre protagoniste…avant de revenir à la vie quelques mois plus tard. L’homme qu’il était semble cependant bien mort, même si le nouveau Jordan à toujours de l’ambition, dont celle de créer un monde meilleur.

Pour cela, il ne va pas hésiter à distribuer de la promicine à la population. Quiconque s’en injecte peut alors développer un talent particulier…ou mourir. Le hic étant que les chances sont de cinquante pour cent. C’est beaucoup. Et Jordan devient alors un personnage ambigu au possible. Il semble vouloir changer le monde, et devient un révolutionnaire, qui pousse les gens à prendre la promicine. L’état, soudainement assez inquiet du taux de mortalité de la substance, va vite la rendre illégale. Jordan va cependant résister, et créer un véritable engouement en sa faveur. Il semble vraiment vouloir un monde meilleur. Mais peut-on le créer en demandant le sacrifice de près de la moitié de la population ?

Après le Centre qu’il avait créé, voici donc Jordan à la tête d’une Cité Promise, qui le place dans un rôle de messie. Il n’accepter cependant que les 4400 et ceux qui prennent la promicine avec lui, et son rôle de sauveur ressemble alors aussi à celui d’un gourou. Il a également le pouvoir de retirer la capacité d’un autre. C’est donc lui qui, seul, peut décider qui est exceptionnel et qui ne l’est pas. Lui, qui pousse tout le monde à considérer ce désir comme profondément humain, se place pourtant au dessus des autres, sans qu’on ne puisse toujours le raccrocher au sauveur ou au bourreau. Son pouvoir ne semble n’être ni bon ni mauvais, mais l’homme derrière cela est seul pour décider du nouveau visage du monde, et il en faut bien moins pour rendre quelqu’un dangereux.

Le futur ne saura être plus incertain. Tout le monde semble douter des leaders potentiels, mais le doute est aussi intérieur. Certains résistent à l’appel de la promicine, ne souhaitant pas risquer leur vie, et ayant peur des responsabilités d’un tel pouvoir. D’autres estiment qu’ils sont libres de tenter leur chance, et d’acquérir une réelle capacité à forger le futur, qui leur semble bien plus utile que leurs droits de citoyens.

C’est le coeur même de la problématique. Qu’est ce qui fait un héros ?  De quoi est faite une personne extraordinaire ? D’un pouvoir surnaturel ? D’une réelle ambition ? De volonté ? Les capacités d’un homme doivent-elles être limitées pour être correctement gérées ? Qu’elle est la frontière entre le bien et le mal ?

Contre quoi résistons nous ? Les démons autour de nous, ou ceux tapis dans notre esprit ?

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