Marianne, la nouvelle série horrifique française

Aujourd’hui, une présentation de la série Marianne, sortie ce vendredi sur Netflix, créée et réalisée par Samuel Bodin. Histoire surnaturelle, enquête et paysages bretons, Emma Larsimon, jeune autrice à succès de romans horrifiques, se retrouve confrontée aux cauchemars de ses œuvres et doit revenir vers sa terre natale et son ancienne vie. Si le scénario peut vous sembler plutôt anodin, ne vous arrêtez surtout pas à un simple résumé. La profondeur est bien présente et le développement maîtrisé, bien que l’histoire ne soit pas la force principale sur laquelle s’appuie Marianne. Cet article ne visant pas à analyser méticuleusement la série mais à vous donner envie de plonger dans ces huit épisodes d’une petite heure, le spoil, ou divulgachement pour les anglophobes que la (non)musicalité d’un mot n’atteint pas, ne sera pas présent par la suite. D’où ce manque d’argumentation sur le scénario, qui nécessiterait d’être étayée par le dévoilement de certains pans de l’histoire.

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Visuellement, l’ensemble est bien travaillé. Les plans fixes sont très structurés, la colorimétrie bleu-gris enrobe les scènes avec justesse, et de temps à autre des images réellement puissantes viendront rehausser le tout, comme ces tableaux marins ou ces images oniriques qui percutent notre rétine par flashs. L’on peut regretter parfois que la caméra ne reste pas plus longtemps sur ces plans qui sortent du lot, dans les dialogues notamment, où les plans serrés plus communs auraient pu être un peu élagués pour nous laisser en profiter.

Un autre point visuel, l’omniprésence du livre. Si l’histoire tourne autour, le décompte de demi-épisode à base de chapitres et les pages tournées, que ce soit pour entrecouper le « prévisously » ou simplement entre des plans, placent aussi la littérature à chaque détour de la série. De même avec des lectures du livre en voix-off de narrateur ou directement par les personnages. En somme, une touche bien française (même si Marianne n’a pas été financée par notre système, mais par Netflix). L’existence de cette série est une victoire étant donnée l’absence de grosses têtes d’affiches, excepté Alban Lenoir. Au pays du coq, décrocher un budget important pour une œuvre audiovisuelle de genre est loin d’être facile.

Marianne, série d'horreur française proposé par Netflix, a ...
Une bouille crasseuse et un torchon. Simple mais diablement efficace.

Bien que le casting soit en grande partie inconnu pour la plupart des spectateurs, il n’en reste pas moins très bon. Le personnage principal est incarné par Victoire Du Bois, visible dans Mal de Pierre ou Call me by your name, avec justesse. Sans qu’elle ne crève l’écran, son appropriation des dialogues aide à éviter l’excès de caricature, écueil bien réel quand on est dans la peau d’une écrivaine alcoolique luttant avec ses démons. Mention spéciale pour Mireille Herbstmeyer qui vous fera frissonner à souhait en possédée, et la fraîcheur de chaque scène où Lenoir apparaît dans son rôle d’inspecteur maladroit. L’on peut d’ailleurs tirer de ces deux figures la rythmique et l’ambiance qui oscillent entre deux aspects au fil des épisodes : d’un côté, la peur, la vraie, avec quelques screamers sans tomber dans la facilité, des vapeurs glauques tirant vers Sheitan et des jeux sur le cadre étouffant, libérant, reprenant à la gorge le spectateur avec originalité. De l’autre, les personnages un peu clichés semblant sortis d’un vieux roman d’enquête à la Agatha Christie ou d’un film de série B donnent un peu de légèreté à l’ensemble, ainsi que le caractère piquant de l’héroïne. L’on pourra reprocher quelques erreurs de dosage dans certaines scènes qui désamorcent les points de tensions ou font tanguer les dialogues vers une pente dangereuse qui pourrait mener au ridicule. Mais excepté ceci, cette combinaison fonctionne bien, offrant un divertissement assez jouissif. Ce ton permet également de placer des scènes hétéroclites comprenant des références appuyées à tout l’univers du surnaturel et du thriller, comme L’exorciste, Seven, Stranger Things, le King et cætera, sans pour autant dénaturer le reste. En effet, si le ton avait été plus dramatique, plus sombre et tranché, chaque séquence décomplexée aurait immédiatement sorti le spectateur de cette plongée en eaux troubles.

Pour conclure, cette série (à mon humble sens) n’est pas seulement de qualité, mais aussi un signe de bon augure pour le futur de l’audiovisuel français. Si Netflix continue de mettre la main au porte-feuille pour soutenir le cinéma de genre sur notre territoire, nous pourrions bien avoir le plaisir de découvrir une myriade d’œuvres originales comme Marianne.

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