Dalek et dépression : la peur dans Doctor Who

Doctor Who connait actuellement ses plus belles heures avec le succès de la dernière saison. Effets spéciaux enfin à la hauteur du scénario, nouveautés et références, l’équilibre semble parfait. La série est également suffisamment mature pour plaire à un public adulte, et suffisamment divertissante et instructive pour toucher toutes les générations d’une famille. Dans Doctor Who, nous sommes touchés dans nos joies comme dans nos peurs. Et cela ne semble pas propre à la dernière saison, mais bien inhérent à la série en elle même.

Doctor Who Yolo GIF

Si la comédie semble parcourir en petites touche bien calibrées le scénario, la peur est  un objet de réflexion qui point en parallèle de développements psychologiques. Les “grands méchants” de Doctor Who, qu’il soit alors question du Master, des Daleks ou des Cybermen, provoquent la peur et l’incrédulité. Le mécanisme est souvent le même : la peur est suscitée par la monstruosité des actes et des adversaires. La peur, c’est cet écart soudain avec notre morale, notre confort. Le Docteur nous persuade d’être humains, humbles et bons, d’être solidaires et ouverts, et au détour d’un épisode, l’ombre  du chaos s’approche et avale petit à petit l’espoir. La peur c’est l’effroi de la réalité : il existe, comme il existera, des êtres capables de déclencher la guerre, et que nous ne pourrons pas raisonner, car nos raisons ne sont pas les leurs. Nous sommes alors transportés dans la guerre, la souffrance et l’apocalypse, et le danger transcende l’écran.

Doctor Who Whoops GIF by BBC America

Un autre objet de l’horreur dans Doctor Who est plus immédiat, et pourtant plus complexe. Lors d’aventures pour la plupart “filler”, le docteur se retrouve face à des monstres, dans la définition même du terme : des aberrations repoussantes, loin de nos normes. Ainsi viennent le Minotaure, les poupées, les crânes de verre et de rouage, de drôle de reptiliens aux pommettes dorées et le gardien d’une banque.

series 11 monster GIF by Doctor Who

Ils seront tout de suite effrayants pour le compagnon et le public, et seront vus comme les méchants de l’instant, de l’épisode. Pourtant, systématiquement, le docteur nous donnera tort. Ce monstre isolé, c’est souvent un individu perdu, loin de sa société. A le voir ainsi seul, il paraît être une erreur. Pourtant d’autres comme lui vivent ensemble, comme nous vivons en société. Cet individu est alors perdu, emprisonné, désespéré ou en fuite. Peu importe. Son fonctionnement ne peut alors être compris par nos normes, mais on peut tout de même lui imputer une logique et des émotions, et soudain le monstre devient un individu. L’horreur est alors l’incompréhension, puis la solitude. La solitude partout, tout le temps. La solitude dans ces être perdus dans l’espace temps, la solitude dans le Docteur qui les comprend car il est lui même étranger et différent. La solitude dans les guerres et la haine qui séparent partout dans l’infini des étoiles, la solitude pour ceux qui restent, et ceux qui partent.

it takes you away doctor who GIF by BBC America

 

La peur est alors soit l’expression d’un sentiment de perte et de déchéance, soit un rejet résultant d’une incompréhension. Il est alors intéressant de comprendre que l’on ne peut pas concilier tout le monde, et que la guerre la plus vaine est celle qui souhaite trouver l’idéal commun, et que nos réactions nous protègent de la remise en question. Rejeter, juger et avoir peur spontanément, c’est se garder de comprendre la différence, et la diversité de la vie et de la pensée. Avoir peur, c’est se préserver de penser à nous comme une minorité potentielle, comme un fragile organisme, sans cesse au bord de la solitude. Nous sommes tous le Dalek de quelqu’un d’autre. Et n’oubliez pas que même les Daleks peuvent parfois rêver.

Doctor Who Encouragement GIF

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