La neige, un outil privilégié dans l’horreur

Bien des moyens sont à la disposition des créateurs d’histoires qui désirent faire naître la peur chez leurs spectateurs, lecteurs, joueurs ou auditeurs. Que ce soit un artifice purement technique comme le « screamer », l’utilisation de l’imaginaire commun tel le mythe du vampire ou le rapport viscéral au corps avec le gore, la boîte à outils de l’épouvante est aussi fournie que variée.

Penchons-nous sur un des poncifs les plus usités qui a effrayé les hommes depuis de nombreux siècles : la neige.

Déjà au moyen-âge, les contes et légendes considéraient régulièrement la neige comme un signe de catastrophe : il s’agissait là de cristalliser la peur bien réelle des morts hivernaux dans une histoire. Les récits religieux notamment, où la neige et la grêle venaient souvent se mêler à la fin du monde. Le post-apocalyptique à l’époque contemporaine utilisera lui aussi cette nappe blanche qui recouvre la Terre pour faire disparaître l’ancien monde, soit par un attrait purement narratif, aidant à transformer l’entièreté du paysage pour créer une toute nouvelle disposition dans laquelle faire évoluer ses personnages, soit là-aussi pour représenter une peur réelle dans une œuvre : l’hiver nucléaire, scénario présent dans les esprits lors des tensions de la guerre froide. Une troisième utilisation est utilisée dans le post-apocalyptique mais également dans d’autres genres, la neige pour enfermer. Comme dans Snowpiercer de Bong Joon-ho, où un train, dernier berceau de l’humanité, tourne sans discontinuer autour de notre planète gelée.

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La neige est un moyen parfait pour créer un huis clos, avec Shining de Stephen King par exemple. Une cause naturelle et incontrôlable, donc crédible et qui n’a besoin d’aucune justification dans la diégèse. « Il neige », point. Visuellement, la neutralité du blanc est un décor idéal pour isoler un personnage. Voyez par les fenêtres cette aura mystique, ce brouillard étrange ou ce mur étouffant : les ambiances sont déclinables à l’infini. Donc applicables à toutes situations. Et comme le noir total, le blanc est un vecteur d’imagination très puissant, donc de peur également. Moins on en montre, plus ils le pensent. Aucune représentation physique ne peut égaler l’image mentale personnelle créée par chaque spectateur ou lecteur grâce à ses peurs intimes. Tout cela sera résumé dans un film, The Thing de John Carpenter. Scientifiques coupés du monde, monstre métamorphe créant une paranoïa de chaque instant, la neige enveloppant tout et tout le monde, étouffant les cris et sublimant le sang.

Lucy Liu Killbill Vol 1 GIF

Pour terminer avec une expérience encore un peu différente des œuvres face à la neige, nous pourrions observer le média culturel le plus important en terme économique en France : le jeu-vidéo. Voir quelqu’un essayer de survivre au froid et à la faim est une chose, le vivre en est une autre. De nombreux jeux se sont ainsi emparés de la thématique du survival-horror par -30 degrés. D’un côté, les œuvres qui ont pris une simple mécanique pour que le froid joue sur l’expérience vidéoludique, comme This war of mine. De l’autre, celles dont le gameplay entier est construit à partir de la neige, du froid et du gel. Dans cette veine, The long dark de Hinterland Games nous permet d’incarner le survivant d’un crash d’avion sur une île glaciale. La neige fait crisser chacun de vos pas, ou celui de vos prédateurs. La neige brûle vos calories et vous amène peu à peu vers la mort. La neige renforce la nuit et vous perd dans le noir. Entre déclaration d’amour aux paysages hivernaux et représentation réaliste du danger qu’ils représentent, l’expérience ultime de la peur de (et par) la neige est peut-être celle-ci.

The Long Dark - Preview of the December Update

Ou les zombies-nazis. Qui sortent de la glace. Oui. Ça s’appelle Dead Snow

Picture of Dead Snow

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