Le Diable vous va si bien

Que serait Halloween sans un pacte avec le Seigneur des Enfers ?

Non, aujourd’hui on ne parlera pas de Sabrina, mais de Goethe, et de son Faust. Certains ont pu en entendre parler par de nombreuses séries sur différents médias (comme Shaman King par exemple) à un tel point que  c’en est devenu un topos dans l’imaginaire collectif. L’idée de pouvoir troquer son âme contre l’objet de son désir le plus profond a toujours fasciné, sans doute parce que nous aspirons à posséder ce que nous n’avons pas par tous les moyens, et qu’un p’tit pacte avec le Diable, c’est rudement pratique.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Faust c’est le vieillard plein de sagesse et d’amertume qui a passé sa vie à chercher la connaissance pour comprendre le monde. C’est un homme qui veut transcender sa condition à travers la science, pour pouvoir toucher au divin. Malheureusement le temps a passé, et si aux yeux de ses semblables il est le plus sage, lui a conscience qu’après toutes ces années, il n’a toujours pas résolu le mystère qui l’obsède. Comme s’il avait perdu tout son temps.

Au même moment, dans les cieux, Mephistophélès et Dieu font un pari, celui de parvenir à faire sombrer Faust du côté obscur, ce qui sur le papier s’annonce compliqué parce qu’il est déjà à deux doigts de se suicider.

Mais le démon est certain de pouvoir lui redonner goût à la vie, et va pour cela passer un pacte avec l’humain. Si Faust retrouve l’envie de vivre, le Diable aura son âme, sinon ce sera la défaite pour les forces obscures.

C’est donc là le cœur de la symbolique de Faust, un homme qui est prêt à sacrifier son âme pour obtenir ce qu’il veut.

Mais est-ce vraiment si simple ? Si faire un pacte avec le Diable permet d’obtenir tout ce qu’on veut, pourquoi tout le monde ne le fait pas ?

Lucifer GIF

Tout simplement parce que dans l’imaginaire collectif, le Diable n’est pas là pour nous aider.

Le principe, très chrétien, repose sur le fait que Dieu nous observe agir, ne se mêle pas de nos choix mais juge nos décisions, tandis que le Diable, lui, est là pour nous influencer. Dieu pense donc à nos âmes, et le Diable à son profit. Il veut donner le moins possible pour récolter tout ce qu’il pourra, en nous poussant au passage à pécher un max.

Il y a donc l’idée qu’en choisissant le Diable, on n’aura pas un échange équivalent (Edward si tu m’entends), mais qu’au contraire on sera floué par le Malin, qui pour le coup porte bien son nom.

Lucifer GIF

C’est un peu ce qui arrive à Faust dans le cas présent. Il est certain qu’il ne pourra pas trouver d’intérêt à la vie, et troque son âme sans trop d’état d’âme (z’avez saisi le jeu de mot ?). Mais Mephisto n’est pas en panne d’idée, et il finit par lui présenter ce qui fait sombrer tous les hommes :

Les femmes.

Ah faibles créatures que nous sommes, des siècles de tragédie grecque ne nous aurons pas aidé à nous rappeler que c’est en courant après elles que dans les histoires ça finit super mal.

Faust rencontre donc une jolie damoiselle, pure, chaste, vierge et croyante, tout le contraire du bonhomme (qui se balade maintenant avec son pote le démon). Sous le charme, il oublie tous ses principes (here we go again) et sa sagesse, et ordonne à Mephisto de la séduire pour lui.

Bien ouej Faust, t’as tenu deux heures.

Péché après péché pour la donzelle, elle tombe dans les bras du libidineux, qui couche avec elle, oubliant momentanément que ce qu’il a fait n’était pas très cool.

La perspective du pouvoir divin (et son nouveau pote) ont modifié ses repères, fini le vieillard sage, avec sa jeunesse il semble avoir retrouvé la stupidité qui la caractérise (sisi, faites pas les offensés, on vous connait).

Et c’est là que les choses dérapent.

Devant la maison de sa petite amie, il tue son frère, qui dans son dernier souffle maudit sa sœur pour être devenue une traînée (bonjour la condition de la femme), et lui conseille, en bon proche qui se respecte, de noyer son bébé à venir.

Parce que oui, elle est enceinte de Faust maintenant.

Méphisto décide après ça d’emmener son petit pote à la nuit de Walpurgis, sorte de réunion entre démons et sorciers, avec tout le gratin maléfique du monde, où on concocte des potions et on se livre à des orgies dans la meilleure débauche possible.

Donc Faust passe un super moment, oublie un peu sa vie, et sa copine, elle, sombre dans le chagrin, prend du recul et constate ce qu’elle a fait : son frère est mort, tué par son mec, elle a noyé son gosse parce qu’elle est devenue une “catin” (wtf), et sa mère est morte de chagrin.

Sympa la vie, il lui manque plus que des chiottes qui explosent et on a une véritable VDM.

Et c’est là que réside la morale apparente du récit, Faust, dans sa toute-puissance, prend ce qu’il veut et sème le malheur et le péché de par son pacte avec le démon. Il peut tout faire mais ne parvient pas à empêcher sa femme d’être condamnée pour infanticide et de la voir vouer son âme à Dieu. Dans son dernier souffle elle refuse l’aide de Faust et Mephisto, demande pardon au Seigneur et disparaît dans une lumière angélique.

Le savant, qui avait donc demandé au démon de lui octroyer la femme de sa vie, à détruit la sienne. En faisant sa connaissance, en la charmant, il l’a condamnée à la souffrance, au parjure.

Les plus gentillets en concluront que le Diable c’est mal et qu’il vaut mieux vouer son existence au Seigneur et à la paix intérieure, mais les autres pourront se poser la question : qu’est-ce vraiment qu’un pacte avec le Diable ?

C’est simplement la possibilité d’obtenir tout ce qu’on convoite, en faisant fi des contraintes, des conditions. C’est ne tenir compte que de soi en faisant abstraction de tout ce qui nous entoure. Le mal n’est pas chez le Diable, il est dans notre cupidité, notre déraison. Il est dans la demande que nous faisons, dans notre besoin auto-destructeur d’acquérir ce qu’il nous manque sans prendre en compte que l’être humain aspire toujours à plus, exactement comme Faust.

Alors posez-vous la question, si vous avez un vœu secret, inavouable, seriez-vous capable de vendre votre âme au Diable pour le réaliser ? Ou bien ne vaut-il pas mieux qu’il reste ce qu’il est, une chimère fantasmée ?

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