Big Fish : Les adultes meurent enfants.

La légende du gros poisson est un film fantastique de Tim Burton, sorti en 2003. Edward Bloom est un représentant de commerce sud américain, avec un talent de conteur certain. L’histoire nous relate sa relation avec son fils, qui n’arrive pas à accepter les histoires invraisemblables de son père.

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Alors que Spielberg est d’abord attendu à la réalisation, c’est finalement Tim Burton qui signera. L’image du père mourant et de la distance familiale touche particulièrement le réalisateur, qui a alors perdu ses deux parents quelques années auparavant.

Alors que Will se marie avec Josephine, Edward trouve là une énième occasion de raconter une des nombreuses anecdotes de sa vie, si romancée qu’elle touche plus au fantastique qu’au domaine du souvenir. Gêné, Will explique à sa femme qu’il a perdu toute confiance en son père, car celui-ci n’a jamais pu lui parler de sa vie sans lui présenter quelque chose qui s’apparente fortement à un mensonge. Par la suite, père et fils deviennent si distant que Will arrête de parler à Edward, et part à l’étranger. Trois ans plus tard, cependant, la nouvelle de la mort proche d’Edward ramène Will auprès de lui, dans une tentative de réconciliation d’autant plus urgente que le jeune homme va, lui même, devenir père.

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Durant son agonie, Edward continue tout de même à raconter ses contes/souvenirs, au grand désespoir de son fils, qui espérait un peu de sincérité finale. Furieux, il irait même chercher des soit disant connaissances de son père, pour confirmer ses dires…et les trouvera. Mais le père se meurt, et demande à son fils de terminer son histoire. Will inventera alors un final fantastique, à la hauteur des contes et souvenirs de son paternel, qui mourra serein, persuadé que son fils à enfin compris la beauté d’une belle histoire. Durant l’enterrement, Will rencontrera les personnages des histoires de son père, et comprendra que si celui-ci exagérait, il ne mentait pas tout à fait.

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Dans ses souvenirs, Edward est un héros. Il traverse les contes comme on tourne des pages, et regarde le chemin parcouru avec fierté et emphase. Si l’on peut rattacher cela à une mémoire déformée et à une volonté de faire briller le passé, la relation avec l’avenir est plus intéressante. Si Edward est un héros, alors, comme les héros, Edward ne meurt pas. Et l’avenir est plus doux sans la menace glaçante de la mort, surtout dans les derniers moments, ceux-là même ou le père s’accroche d’avantage à ses histoires. Dans un monde fantastique et fantasmé, les parades sont innombrables et faciles, et aucun problème ne persiste. Les héros ont tout pour eux : la chance, l’intelligence et la bravade. Pour un héros, l’avenir est aussi heureux que le passé.

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Si Will change de comportement afin de se rapprocher de son père, Edward semble bizarrement suivre toujours le même chemin, sans remise en question. Cela peut d’un premier abord paraître injuste et incohérent avec la mort proche du père, mais une certaine fluidité se dessine.

L’image du père est tenace. Will recherche dans Edward un homme à admirer, sur lequel s’appuyer, un homme suffisamment fort pour se mettre à nu, et admettre ses faiblesses. Or, si les contes portent Edward hors du monde et des ses contingences, cela dissimule sans mal sa peur de la mort et les efforts qu’il déploie pour s’attirer de l’amour, notamment de la part de son fils. Ce talent de conteur, c’est un rapport au monde. Et en l’admettant comme tel, Will reconnait son père comme l’homme qu’il est, non pas l’homme qu’il voudrait qu’il soit. Son père est un homme, tout comme lui, tout comme il le sera pour son fils. Ce statut de géniteur ne le transforme pas en héros, en personne meilleure ou plus solide, mais lui donne au contraire plus de responsabilités, et l’obligation de construire une nouvelle relation, sans manuel. Un adulte n’est qu’un vieil enfant, et en continuant le conte de son père, Will admet leurs peines communes.

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Les adultes sont encore enfant lorsqu’ils ont peur.  Devenir parent, c’est avoir peur. Peur d’échouer, peur de mal faire, de ne pas être aimé. Et ce n’est pas toujours au parent d’être plus fort, plus grand, plus là. En grandissant, en devenant parents, les enfants comprennent aussi la terrible vérité : ceux qui nous protégeaient de la mort partent aussi, sans personne pour les défendre. Et ils ne leur restent que leur contes pour  faire parade, et partir heureux.

 

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