Des meurtres chelous, un beau gosse ténébreux et un inquisiteur un peu trop zélé : Red Riding Hood in a nutshell.

Aujourd’hui on va parler de l’adaptation en film du célèbre conte, sorti en 2011 et réalisé par Catherine Hardwicke.

Tout le monde connaît l’histoire de base, une jeune damoiselle un peu naïve doit traverser les bois pour aller apporter de la nourriture à sa grand-mère malade. Son père la met en garde contre le loup qui hante les bois et qui pourrait la dévorer patati patata.

Les grands éléments sont donc présents, on a une jeune fille, une grand-mère, et un loup. Mais la ressemblance s’arrête là : préparez-vous bien, on part pour une petite surprise.

Déjà, on a un bûcheron sexy. Du genre qui laisse à penser que c’est LE métier parfait, ou vous ahanez de manière viril, dans du cuir moulant, pour couper des arbres sous les regards lubriques des jouvencelles en chaleur.

Ensuite on se rend compte que le petit chaperon rouge n’est pas si naïf que ça, a 7 ans elle tuait déjà des lapins pour se faire des bottes, et elle n’hésite pas à se promener seule en forêt malgré les remontrances de sa daronne.

On part sur une rebelle donc.

Le film commence avec un cadre bucolique, un petit village dans la forêt (bon on mentionne rapidement qu’il y a une bête qui sème la panique mais trois fois rien), puis on découvre une jeune damoiselle pas farouche, qui joue avec son bucheron de petit-ami non officiel, la promesse d’un mariage avec un tiers non aimé, et voilà un triangle amoureux. Promis c’est pas un vampire.

Mais là où pour moi le film se démarque clairement, c’est pour sa gestion de l’intrigue.

A peine est mentionné l’idée d’une fuite en amoureux pour échapper à un destin non choisi, qu’un meurtre est découvert, et tout s’emballe.

Trouble GIF

Dans un même panier, mettez des gens qui vivent isolés du reste du monde, un inquisiteur sorti de nulle part avec des histoires sordides, puis une quarantaine qui interdit toute sortie et instaure un climat de doute et de terreur, et voilà ce que vous obtenez.

Une véritable ambiance angoissante oppressante à souhait.

Car oui, on nous apprend que le loup est un homme (Thomas Hobbes si tu m’entends), et qu’il se cache sous les traits d’un villageois. Dès lors tout le monde est suspect, le spectateur se surprend à réfléchir à tout ce qu’il a vu jusqu’à présent, et à réfléchir. Et si la bête était déjà apparu à l’écran ? Ce pourrait être n’importe qui, ce garçon un peu simple que tout le monde traite avec pitié, ce bûcheron sexy  et ténébreux, et même cette héroïne qui n’hésitait déjà pas à tuer des lapins.

C’est alors qu’une chasse à l’homme, ou au loup, s’engage : chaque action, chaque comportement est décortiqué, analysé, et l’inquisiteur n’hésite jamais à entretenir la flamme de la peur dans le cœur des pauvres villageois. On sait tous combien des gens apeurés sont facilement manipulables. Pourtant, alors que les gens craignent pour leur vie, l’héroïne réfléchit toujours à ses choix de vie, elle ne touche même pas le SMIC, si elle est mariée, elle ne pourra plus divorcer, et adieu alors son idylle bûcheronnesque.

Des secrets sont dévoilés au fur et à mesure, et chacun devient un prétexte pour un jugement. Si cet homme cachait une liaison, pourquoi ne pourrait-il pas cacher quelque chose de pire encore ?

Salem n’a qu’à bien se tenir, la délation devient une coutume locale : sous couvert de terreur, on dénonce tout ce qu’on peut. Après tout il vaut mieux condamner un innocent que de risquer de laisser s’échapper un coupable.

Plus le temps passe, plus les méthodes deviennent drastiques, la jalousie devient également un motif parfait pour dénoncer, et l’héroïne se retrouve rapidement au coeur de la tourmente.

Ce que j’ai tout particulièrement aimé dans ce film, c’est la conjugaison des méthodes très chrétiennes de l’inquisiteur (notamment l’éléphant creux dans lequel on enferme la victime avant de l’ébouillanter pour la forcer à avouer ses crimes), et les relents de paganisme avec notamment la fête du village où l’on danse autour du feu sur une musique toujours plus entraînante.

Malgré une performance des acteurs pas toujours très bonne, le film brille par l’ambiance qu’il instaure, et la critique latente des ravages de l’ignorance des hommes. Ce remake du célèbre conte à la sauce “chasse aux sorcières” m’a également marqué par la gestion du suspense, qui nous tiendra en haleine jusqu’à la fin. Tous les moyens sont employés pour nous plonger dans un climat de suspicion constant, flashback, rêves, mise en scène, le spectateur comme les personnages passent donc tout le film à suspecter tout le monde. Chaque révélation fait vaciller les certitudes, attise les doutes, et reporte l’attention sur un autre personnage jusqu’au tout dernier moment.

 

C’est pourquoi, même si ce n’est pas le meilleur des films, il vous fera certainement passer un bon moment.

Sinon vous pouvez toujours mater Riverdale.

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