Le vampire à travers les âges

C’est un titre assez ironique parce que de manière générale les vampires sont immortels et perdurent.

Mais pas notre perception d’eux, et c’est là-dessus qu’on va se pencher aujourd’hui.

1)Le vampire, ce monstre qui s’arrête sur le perron de l’église.

Parmi les archétypes du vampire, on a celui que je qualifierai d'”ennemi de l’humanité”. Intimement lié à la chauve-souris, il vit la nuit, chasse des humains, les tente à l’aide d’artifice ou de magie et s’en prend toujours au plus faible. On lui attribue des pouvoirs mystiques, comme la capacité de se transformer, voir dans certains cas de contrôler les morts-vivants, ce qui fait de lui une créature démoniaque. Ainsi il paraît naturel qu’il ne puisse pénétrer sur un lieu saint, étant un ennemi de Dieu. Cette opposition trouve son meilleur exemple dans le Dracula de Coppola, réalisé en 1992, où le héros maudit Dieu pour la perte de son aimée, transperce la sainte croix et obtient des pouvoirs occultes en buvant le sang qui s’écoule de la plaie. En renonçant à la protection du seigneur, il se damne et obtient l’immortalité.

Il est de notoriété publique que le jour appartient à Dieu et que la lumière est son oeuvre, on peut donc supposer que c’est pour cette raison que les vampires ne peuvent pas marcher en plein jour. Ainsi la religion protège les croyants, et en retour les vampires tentent de s’en prendre à eux. Créant une vision très manichéenne, le Bien contre le Mal, les gentils croyants contre les méchants vampires qui sont les suppôts du maléfique.

keanu reeves vampire GIF

Toutefois, là où Dracula change la donne, c’est qu’on peut en venir à prendre en pitié le monstre. S’il est devenu ce qu’il est, c’est à cause de son amour, de sa détresse, au fond il n’a renié sa foi que parce qu’il souffrait. Outre la performance de Gary Oldman, on se surprend à comprendre ce qu’il ressent, et même à le soutenir dans sa quête romantique car après tout, il veut juste retrouver le souvenir de sa femme (on t’aime Gary). Sous l’apparence du monstre se cache ironiquement une âme aux qualités humaines. Pour reprendre Von Zimmel (ou Shakespeare, ça dépend de votre culture), “derrière le vampire, il y a aussi un homme, un homme comme les autres”. Par amour Dracula a renoncé à son humanité, mais c’est en le retrouvant qu’il redevient celui qu’il était, un être passionné, dévoré par des émotions qu’il a du mal à contrôler.

2)Le vampire, cette créature fascinante et torturée.

Cet aspect humanisant du vampire a été de plus en plus exploité, le faisant quitter sa case de simple “monstre” pour devenir une évolution de l’homme. Les références sont nombreuses, mais c’est sur Stephenie Meyer que je voudrais revenir, parce que sa création (la saga Twilight ou Fascination) a créé un véritable phénomène.

Le vampire qu’elle propose est bien différent de l’archétype, le sien ne craint pas la lumière, elle n’est pas nocive pour lui, bien au contraire. Il peut sortir par temps nuageux, se mêler aux humains et vivre une vie “normale”. Toutefois l’autrice a conservé le côté séducteur et l’a exacerbé, le mêlant à d’autres valeurs.

Comme celle de ne pas boire de sang humain par exemple.

C’est justement ça qui créé une distinction, entre le “bon” vampire, qui se force à se nourrir d’animaux, et le “mauvais” vampire, qui boit du sang humain. Ainsi les “gentils” luttent contre leurs instincts primaux pour être socialement adaptés et c’est ce qui les rend attachant. Dans une logique toujours plus anthropocentrique, si le vampire ne représente pas un danger pour l’homme, alors il est gentil, bon et tous les adjectifs mélioratifs que vous voulez. A l’inverse, s’il décide de suivre sa nature, ses instincts, alors il est dangereux et donc mauvais.

On a de nouveau une romance entre une humaine et un vampire, mais comme pour le coup c’est un “bon”, le public se sent en bon droit de la soutenir légalement. Edward, en renonçant à sa nature profonde, devient un partenaire tout à fait apte pour Bella. A l’inverse, ceux qui veulent bouffer Bella sont dépeints comme les antagonistes, déjà parce qu’ils vont tuer l’héroïne (mais ça, ce serait pas vraiment une perte), mais principalement parce qu’ils sont un danger pour l’humanité.

Fini donc l’aspect religieux, les pouvoirs occultes venus du blasphème, la crainte des églises, être un vampire n’est plus un mal. C’est la manière dont on se comporte qui détermine de quel côté on se place. Il y a une acceptation progressive des “monstres” dans le monde des humains, on ne peut plus les juger uniquement à leur apparence, et pire (ou mieux) encore, on peut les retrouver partout. Ils vivent cachés, mais ils vivent parmi nous, n’attendant que notre acceptation totale pour se révéler au grand jour.

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