Living with Yourself : Paul Rudd et le potentiel de l’être

Spoiler Alert : Cet article va devoir spoiler un peu la série pour mieux en parler, mais promis on dit pas tout.

Miles Elliot est mariée à Kate Elliot. Ils habitent une maison de banlieue, ont deux voitures et font des apéros dinatoire. Au delà de cette routine déjà déprimante, le couple n’arrive pas à avoir d’enfant. Kate s’impatiente, et Miles refuse de passer un test de fertilité, par peur du résultat. Il repousse donc l’inévitable, et suit son chemin, entre disputes, boulot chiant, humiliation et lente chute dans la dépression. Un collègue de bureau, cependant, semble avoir LA solution miracle : il donne à Elliot la carte d’un spa, soit disant révolutionnaire pour retrouver la fougue d’antan. Miles hésite, à moitié persuadé de se retrouver dans un sex club, mais, acculé par la vie, il se rend dans le spa. Il se réveillera quelques heures plus tard, enterré vivant dans un bois. Quand il rentrera chez lui, il trouvera un autre homme dans son lit. Cet homme, c’est lui. En mieux. Le spa à créé un nouveau Miles, confiant et heureux, pourvu de toute les qualités rêvées. Mais l’autre Miles vit toujours, et il déteste le deuxième.

Paul Rudd Smile GIF by NETFLIX

 

Les deux Miles partagent les mêmes souvenirs théoriques. Pourtant, en pratique, la différence est tangible. Par exemple, le premier Miles possède la cicatrice d’une opération de l’apendicite, là ou le deuxième n’a que le souvenir. Le deuxième Miles possède de même les données, mais n’a jamais eu à les appliquer. Il n’a jamais concrètement embrassé, couru, et ses émotions sont nouvelles. Ce que l’autre Miles traîne tous les jours de traumatisme et d’accumulation, l’autre Miles le connait, mais dès la sortie du spa il peut se distancier de cela. Les deux Miles ne paraissent pas penser de la même manière, et ne peuvent anticiper l’autre. Leur rapport à la vie est différent.

Paul Rudd What GIF by NETFLIX

Le deuxième Miles est positif. Il est optimiste, confiant, bien dans sa peau, heureux. Il est sensible physiquement car son corps n’est pas concrètement habitué au monde. C’est un enfant, avec un passé lointain d’adulte. Il est une version potentielle de Miles, mais pas celle qui résulte d’un vécu. En effet, la version 2.0 de Miles vit comme si la vie n’était pas arrivée. Ce Miles là n’a pas peur d’effectuer le test de fertilité, de parler devant le bureau, ou d’écouter sa femme. Mais c’est aussi parce que ce Miles là n’as pas été humilié et détruit, et c’est la première fois qu’il écoute sa femme, biologiquement parlant. Le deuxième Miles possède des souvenirs comme des fichiers, auxquels sont raccrochées des mémoires de sensation et d’émotion. En revanche, les conséquences et les traumatismes semblent absents. La confiance en soi n’apparaît pas en une nuit. Elle n’a simplement jamais disparu chez cet être qui n’a pas vécu la honte, la dépression, et ne possède pas de réflexe de mauvaise estime de soi.

Sad Paul Rudd GIF by NETFLIX

Pour le premier Miles, la différence saute aux yeux. Il a devant lui un potentiel de lui même qui lui échappe. Tout ce qu’il aurait pu faire, et qui est alors un échec de plus pour lui. L’estime de soi correspond à la distance estimée pour notre cerveau entre ce que nous pensons être, et ce que nous voudrions être. Plus ces deux données sont proches, plus nous sommes en paix avec nous même. Dans le cas de Miles, le fait qu’il soit allé au spa prouve qu’il pense être au fond du trou ou pas loin. Et ce qu’il voudrait être correspond à l’autre Miles. Cette personnification de son désir est donc terrible, puisque l’écart correspondant à sa mauvaise estime de lui même vit, respire, et couche avec sa femme.

Paul Rudd Dancing GIF by NETFLIX

Pourtant, le Miles d’origine ne semble pas vouloir prendre exemple sur son double, mais plutôt le supprimer. Car en plus de représenter la somme de ses échecs, il le pousse aussi à devenir une personne encore plus sombre et négative. Ce phénomène peut se rapprocher du concept d’ombre, introduit par Jung. Celui-ci distingue deux sortes d’ombre : la bonne et la mauvaise. La bonne c’est celle utilisée dans la conversation entre Miles et son collègue de travail. Celui-ci semble aller mieux, et s’améliorer de jour en jour, mais Miles le juge positivement, et va même jusqu’à lui avouer amicalement son envie : l’impact est positif. L’autre type d’ombre intervient surtout dans les rapports entre Miles et son double. Il juge souvent celui-ci durement, le trouve trop léger, trop confiant, trop niais. Miles ne peut pas s’adoucir avec son autre, car il ne se permet rien de ce qu’il lui reproche. il aimerait être lui, mais ne peut se laisser aller, car il a peur des conséquences, et ses échecs passés sont un fardeau considérable. Sa peur le tétanise, et en jugeant l’autre il accomplit un plaisir sadique : il dévalue ce qu’il se refuse, pour amoindrir sa peine. Le résultant est négatif : il est en conflit avec lui même. Et avec son double aussi.

Paul Rudd What GIF by NETFLIX

Les deux hommes sont donc deux potentiels qui ne peuvent se comprendre. Le premier Miles est conditionné par les obstacles de la vie, et a développé des réflexes qui s’apparentent à de la survie. Le deuxième ressemble à ce que l’enfant Miles aurait pu rêver. Ce double, c’est la projection que nous nous faisions de nous même, plus jeunes. Nous pensions alors que la vie serait facile, ou du moins que nous la dominerions, que nous nous épanouirions, que nous serions notre nous 2.0. Ce potentiel que nous ne serons jamais deviendra souvent un poids, lorsque les années passent, et l’écart se creuse entre nos projections et nos jours comptés.

Paul Rudd Smile GIF by NETFLIX

 

Articles recommandés

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :