Daybreak : L’apocalypse éducative.

Dans cet article on va parler de la série Daybreak, créée par Brad Peyton et Aron Eli Coleite, et diffusée sur Netflix depuis octobre 2019.

Le scénario paraît simple, une apocalypse nucléaire a ravagé le monde, transformé les adultes en zombies et ne laissant que les adolescents en vie. Ces derniers doivent alors trouver le moyen de survivre dans ce monde détruit alors qu’ils sont livrés à eux-mêmes.

On suit le parcours de Josh, un ancien lycéen qui avait une vie pas super avant la catastrophe, et qui maintenant a l’air de prendre son pied.

1)Une série qui ne correspond pas tout à fait aux attentes.

Si vous aviez adoré (ca arrive) The Walking Dead et pensiez retrouver le même genre de séries à zombies, alors vous allez sans doute être déçu par Daybreak. Ici les zombies sont certes mortels, mais pas autant menaçants, ni même autant au centre de l’intrigue. Cette dernière est plus centrée sur l’aspect “survie dans un monde sans adulte”, qui voit ces adolescents changer leur mode de vie et de pensée pour s’ajuster à ce nouveau monde.

Netflix GIF by Daybreak

Cette idée est sans cesse répétée par Josh et sa fameuse phrase “l’apocalypse est la meilleure chose qui me soit arrivée”, puisque pour lui, ça a été l’occasion de découvrir qui il était vraiment. D’un adolescent victimisé il est devenu un pro de la survie en milieu hostile, avec un ensemble de règles lui garantissant de s’en sortir quoi qu’il arrive.

La série joue également avec les clichés du genre, comme le héros qui n’hésite pas à abandonner ses amis fidèles parce qu’il se sent trahi, ou Sam Dean qui prend finalement le pouvoir en s’autoproclamant reine à la fin alors qu’on s’attendait tous à la voir repartir bien sagement avec Josh. Pourtant ce sont ces petits retournements de situations qui nous rappellent constamment que les personnages ne correspondent pas à nos archétypes parce que ce sont des adolescents. Ils ne se comporteront pas comme des adultes parce qu’ils sont livrés à eux-mêmes avec leur propre logique, leur propre ensemble de valeurs, et que cela implique régulièrement des mauvaises décisions.

Toutefois cela ne signifie pas pour autant qu’être un adulte représente la sagesse, bien au contraire. Ceux-ci ne sont pas tous morts et certains ont survécu, avec parmi eux le “Baron Triomphe”, devenu cannibale.  Ce dernier, ancien proviseur du lycée incarnant la sécurité et le bien-être pour ses élèves, devient leur pire cauchemar, les traquant pour les dévorer sans aucun remords.

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C’est sans doute lui qui représente également le mieux cette idée de pirouette scénaristique continue. Le spectateur est continuellement abreuvé de flashback dans lequel on le voit briller par sa bienveillance (et notamment cet adorable sourire), et même lorsqu’il est capturé et arrêté, on a envie de croire en sa rédemption. Lorsqu’il dit vouloir se repentir et que les protagonistes font appel à lui, on voit en l’ancien principal la figure du méchant qui a conscience de ses actes et souhaite les réparer.

Malheureusement le spectateur se retrouve autant déçu que les personnages, le baron triomphe n’a pas fait amende honorable, il est même devenu encore pire, et c’est parce qu’on avait envie de croire en lui, parce qu’on pensait le cliché du méchant devenu gentil bien ancré qu’on tombe tous des nues.

 

2) A chaque jour suffit sa morale.

Mais Daybreak ce n’est pas juste des clichés qu’on fracasse comme des zombies, c’est aussi et surtout l’occasion pour ces adolescents de recevoir une certaine éducation, et à travers eux, c’est le spectateur qui devient à son tour élève.

Chaque épisode devient le théâtre d’une mise en scène à la fin de laquelle les protagonistes tirent un enseignement, sur ce qu’ils auraient dû faire, sur ce qu’il aurait été bon de faire, ou sur l’intérêt de ce qu’ils ont fait.

Ces enseignements suivent des thématiques propres à l’adolescence, comme le fait de victimiser quelqu’un en l’humiliant à plusieurs, ou de mentir à ceux qui nous sont chers dans notre seul intérêt. Plus les épisodes passent, et plus ce moralisme se renforce, les conséquences des actes s’amplifient et deviennent toujours plus graves.

Ainsi le mensonge d’Angelica et Wesley se solde par une expulsion pure et simple de leur lieu de vie, l’intolérance de Josh à l’égard de la vie sexuelle de Sam aboutira à leur rupture, qui elle-même mènera à leur séparation, la jalousie de Turbo le poussera également à commettre de nombreux actes répréhensibles, et bien d’autres choses encore.

Toutefois, à mes yeux, le point culminant de la morale n’est pas aussi apparent, et ne se dévoile que dans le dernier épisode. Nous suivons Josh dans sa quête pour retrouver Sam, sa petite amie, qu’il s’apprêtait à rencontrer juste avant l’apocalypse. Toutes ses décisions sont motivées par l’idée de la retrouver, il laisse des tags “je suis ici” partout où il va pour qu’elle puisse le retrouver, et il est hanté par des flashback du temps passé ensemble. En tant que spectacteur, nous le suivons pendant de nombreux épisodes durant lesquels il doute qu’elle soit encore en vie, s’accroche à ses espoirs, regrette ses mauvaises paroles à l’égard de sa dulcinée. Nous compatissons à sa souffrance si humaine, le comprenons totalement et esperons à notre tour qu’il va la retrouver, et qu’ils pourront être ensemble. Cependant, à la fin, lorsqu’ils sont réunis, Sam lui annonce tout simplement qu’elle ne souhaite pas être avec lui, et on ne peut s’empêcher d’être déçus.

Mais pourquoi sommes-nous déçus ?

Contrairement à ce que l’on peut penser lorsque la focalisation ne suit qu’un seul personnage, les autres évoluent également. A chaque décision que prend Josh, à chaque épreuve qu’il traverse, Sam en a fait de même. Elle ne sait pas arrêté de vivre parce qu’elle ne se trouvait plus dans son champ de vision. L’adolescente n’est pas restée figée dans le temps comme les souvenirs du héros, et au même titre qu’il a réfléchi sur ses actes et paroles passés, elle en a fait de même. Au final sa décision à elle est tout à fait légitime, ce n’est pas parce que les codes du cinéma nous ont appris que la demoiselle devait attendre sagement que son prince vienne la délivrer que toutes les histoires doivent suivre ce schéma.

Si on prend du recul, on peut aisément comprendre la décision de Sam, Josh lui avait mal parlé, l’avait jugé sans chercher à la connaître, et toute la bonne volonté du monde ne pourrait pas effacer ça. Même l’apocalypse ne l’a pas empêché de penser que son ex avait “besoin d’être sauvée”, mais selon quelle convention ? S’il a pu survivre, pourquoi pas elle ?

En tant que spectateur on se retrouve donc saisi entre deux pôles opposés, on veut prendre le parti de Josh, qui a pourchassé une chimère, mais on ne peut en vouloir à Sam d’avoir continué de vivre sans lui. Ce n’est pas parce que Josh est le héros de son aventure, qu’il est également le héros de celle de Sam. Mais cette révélation demande au spectateur de prendre du recul, de sortir du contexte de la série pour réellement comprendre tout ce que cela implique, et pour moi c’est cela la leçon de morale ultime de la série.

A trop vous créer des fantasmes et des idées, faites attention à ne pas perdre contact avec la réalité. Ce n’est pas parce que vous pensez agir pour la bonne cause ou avancer dans la bonne direction que c’est le cas, les autres ne sont pas forcés de penser comme vous, bien au contraire.

Sans oublier que Sam prenant le pouvoir sur une musique super badass, c’était vraiment une bonne scène.

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