2001, l’odyssée de l’espace : le code binaire de la culpabilité

Il y a 51 ans, le monde vivait la sortie en librairie et au cinéma de 2001, l’odyssée de l’espace. nous avions déjà eu l’occasion de parler de cette oeuvre monumentale ici, et d’en évoquer les dimensions titanesques. Le livre comme le film se placent comme des épreuves, et loin de vouloir se poser en solution, ils semblent nous conjurer de toujours chercher les questions qui forment l’existence.

Si le film était en avance sur son temps, et demeure aujourd’hui encore totalement impressionnant, le texte lui servant de support fait lui aussi figure de précurseur, en abordant des thèmes tels que le dilemme de l’intelligence artificielle.

Vous entrez ici en zone spoiler!

L’équipage du Discovery qui se dirige vers Jupiter est composé de Bowman, Poole, trois astronautes en hibernation et Hal. Hal 9000 est une intelligence artificielle des plus avancées, normalement infaillible. Cependant, après un certain temps passé dans l’espace, Hal se met à signaler une partie du vaisseau comme défaillante. Après plusieurs vérifications, l’équipage se doit d’admettre qu’il y a une erreur d’analyse, et souhaite, par précaution, débrancher l’ordinateur. Celui-ci réagit en éliminant une partie de l’équipage. Bowman devra alors affronter Hal seul, et parviendra à déconnecter sa mémoire, devenant le dernier membre de l’équipage. C’est à ce moment que l’homme découvrira un message de Heywood, l’initiateur du projet, qui lui révèle la vrai nature de sa mission, qui alors n’était connue que de Hal.

Hal est au service de la mission. Cette superintelligence est d’une rapidité déconcertante et nécessaire, puisqu’elle permet de compenser la lenteur, à comparer, du cerveau humain. Cependant, afin de rendre le trajet plus agréable, Hal a aussi été affublée de traits de caractère humain. Il ne faut pas oublier aussi que ses actions ne sont pas prévues en événements. Il possède la capacité de calculer quelles actions seront les plus efficaces, mais aucun humain n’a préalablement validé cette décision, seul l’algorithme est issu de cerveau organique. En d’autre terme, Hal à été formé. Par un enseignement soigné, il a appris à penser par lui même, comme les autres membres de l’équipage. Pour nous comme pour les astronautes, Hal devient donc un individu, avec toutes ses particularités.

L’équipe semble soudée dans son fonctionnement, du moins jusqu’au point de rupture de Hal. C’est lui qui crée l’élément perturbateur. Le plus étonnant alors est que celui-ci ne résulte ni d’un danger extérieur, ni d’une volonté de destruction concrète. Selon Hal, se qui distingue les humains de lui et de sa série, c’est que les derniers n’ont jamais fait d’erreur, ou de manipulation d’information. En cela, Hal va définitivement devenir plus humain que tout autre ordinateur avant lui.

En effet, plus que la mission et le lien avec les astronautes, l’ordinateur traite en boucle une autre information : il sait quelque chose que les autres ignorent, il sait le véritable but de la mission. Cette information, c’est l’équivalent d’une obsession, d’une pensée toxique. Celle-ci va petit à petit faire perdre le contrôle à Hal. Le fait de ne pas pouvoir parler de cette information lui donne un sentiment d’imperfection. Il est soudain obligé de mentir, de déformer, et cela lui semble comme une erreur. Sa “conscience” explore alors la lisière entre vérité et vérité cachée, et semble perdre son intégrité comme son identité.

Hal va alors commettre une erreur de diagnostique. Alors qu’il est certain qu’une unité va tomber en panne, l’équipage se rend compte qu’il a tort. De bonne foi, il ment pourtant, et devrait le savoir au vue de ses capacité. Hal semble alors se cacher à lui-même la situation, et la panne semble intervenir comme une occasion de le rassurer. Il se crée une situation réconfortante. Car s’il a raison il est encore utile, et s’il a raison, l’unité ne fonctionne pas. Cette même unité qui permet la communication avec la Terre. Inconsciemment, Hal coupe le vaisseau de là où on l’a corrompu, de là où viendra l’information de sa trahison. De plus, si le lien est rompu, il est alors autorisé à informer les astronautes du but réel de leur mission. Il pourrait alors soulager sa conscience, et faire office de sauveur.

Mais les astronautes comprennent, et tout devient bataille. Hal comprend l’humain mieux que celui-ci ne le comprend, puisqu’il reste définitivement plus intelligent, même lorsqu’il apprend à faillir. Il anticipe donc les actes de Poole, lorsque celui-ci souhaite le débrancher. Il ne comprend pas que l’on puisse peut-être plus tard faire la démarche inverse. Cette pause est équivalent pour lui de la mort, et il se bat pour sa vie. Il n’agit plus pour l’équipage, mais est animé de ses propres motivations.

Les astronautes ignoraient leur réelle mission car il ne fallait pas qu’il puisse en divulguer le secret à des proches, même intentionnellement. Hal, en tant qu’ordinateur, devait donc échapper à ses règles. Cependant, en le rendant apte aux relations humaines, et en l’éduquant, l’homme semble l’avoir pourvu de ce qu’il souhaitait ignorer. Comme si la culpabilité et l’instinct de vie faisaient partie du code humain.

 

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