The Mandalorian – Entre originalité et substance

Au fil de 5 épisodes fraîchement sortis sur Disney + (VPN oblige), The Mandalorian affirme sa singularité en tant qu’objet filmique, tributaire de la saga de George Lucas. Singularité à la fois formelle et contextuelle, la série souhaite être autant originale que fidèle aux matériaux qui font l’essence de Star Wars, ce qui peut sembler dichotomique de prime abord. Toutefois, il s’avère que ces deux souhaits ne jouent pas sur les mêmes tableaux. Essayons d’en extraire brièvement deux d’entres eux.

1 – La forme sérielle

Comme évoqué lors de notre précédente article sur le sujet, le ton résolument plus sombre de la série poursuit un des souhaits de Lucas après Revenge of the Sith (2005), celui d’illustrer l’univers de Star Wars en dehors de la saga Skywalker, au travers d’un format sérielle pour la télévision, intitulé Star Wars Underworld. Loin du mot d’ordre canonique autour de “l’espoir”, environ 50 scripts étaient prévus pour illustrer les bas fonds de ces mondes en proie à l’Empire entre l’épisode III et IV. Abandonnés faute de moyens, conservés par Disney lors du rachat, ces scripts ont toutefois été des ressources pour Lucasfilm, travaillant par la suite sur les premiers films hors saga avec Rogue One : A Star Wars Story (2016) et Solo : A Star Wars Story (2018). Difficile de dire en quoi précisément ces ressources ont su inspirer (spéculation et hyperbole sont monnaie courante sur ces sujets), mais la réalisation plus moderne et adulte, ainsi que des césures à la forme classique des films, que ce soit le montage, les transitions, le générique, sont clairement reconnaissables.

Mais ce qui est surtout important derrière The Mandalorian, c’est la question du format qu’offre une série à la télévision, un rêve chez Lucas de se rapprocher une fois de plus de Flash Gordon et Buck Rogers : proposer un imaginaire de personnages et des mondes où les techniques d’animations et d’effets spéciaux ne sont plus des contraintes lourdes. Un épisode coûtant 12,5 millions de dollars, on peut vite conclure que seul l’argent permet l’exploit. Mais c’est ignorer l’avancée technique d’une telle série, dont le nombre de plans incluant à la fois décors réels, animatroniques, fonds verts et fonds vidéos (décors projetés grâce au système V-cam d’Unreal Engine) sont tout simplement dantesques pour une production de ce type, mais aussi ô combien simplifiée comparée à 40 ans en arrière.

 

2 – L’essence de Star Wars dans le découpage des plans

Que disons-nous lorsque l’on évoque une fidélité à l’essence de Star Wars? Question épineuse, tant elle est le lieu de débats sans fin entres audiences et générations, se solvant souvent comme une guerre de chapelles, à revendiquer une lecture sélective de ce que doit être et ne pas être un film Star Wars. Le problème derrière cette lecture que nous tenterons d’éviter, et bien sûr l’interprétation faites aux oeuvres, ce qui nous semble légitime ou non. Ce qui est plus intéressant serait d’analyser sa conception filmique et ses canevas.

Star Wars a toujours une obsession pour la vitesse, le mouvement, le rythme, à la fois dans le montage narratif lui même que dans l’imaginaire dépeint. La fascination de George Lucas pour les voitures a été déterminante dans sa vie personnelle et la mise en image dans ses films. On se souviendra de son court métrage 1:42:08 (1966), course contre-la-montre effrénée d’une Lotus 23 sur la piste Willow Springs Raceway, la course poursuite entre le fugitif et les policiers-robots dans THX 1138 (1971), ou encore la courses des copains de Modesto durant les fifties dans American Graffiti (1973).

De ces films précurseurs à son oeuvre la plus célèbre, l’adage “faster more intense” s’applique dans la découpe des plans et l’orientation de la caméra lors des envols du Razor’s Crest, sillonnant des lieux de planètes en planètes à chaque épisode. Autant d’ellipses qui inscrivent l’univers de Star Wars dans un imaginaire vif et sans salle d’attente. De même pour les speeder bikes sillonant la Mer des Dunes sur Tatooine dans le cinquième épisode (aux amateurs de Shadows of the Empire, bonjour à vous).

Bien que l’influence des westerns s’avère être la particularité la plus remarquable de The Mandalorian, on remarquera également une alternance d’échelle entre plans d’ensemble et gros plans dans de nombreuses scènes, accentuant l’accent pictural et grandiose des scènes d’affrontements, magistralement illustrés par les concepts arts visibles au générique de fin. On pense à la scène du Ravinak sur la mer gelée dans le premier épisode, la marche sans fin pour retrouver le Razor’s Crest vandalisé, ou encore le siège du village Sorgan. Cette approche picturale du mouvement, le passage des visuels à la cinématographie, rappelle les fresques japonaises d’Akira Kurosawa, réalisateur souvent cité lorsqu’il s’agit d’évoquer les influences de Lucas, ce qui est parfois réduit malheureusement à la simple influence narrative. On y retrouve des illustrations mouvantes, des affrontements, des repas, des rencontres prenant vie à l’orée de ces fresques.


Sources :
https://www.hollywoodreporter.com/heat-vision/remembering-dark-gritty-star-wars-848205

That canceled Star Wars live-action show inspired the new God of War


https://www.businessinsider.fr/us/budget-of-disney-plus-star-wars-series-the-mandalorian-2019-10
https://blog.usejournal.com/unreal-engine-in-the-filming-of-the-mandalorian-66a00649d0d2

 

 

 

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