De la critique pour écrivain

Dans cet article un peu différent des autres, je voudrais aborder la profession d’écrivain, ce qui l’entoure et surtout comment s’améliorer. Je ne prétend pas détenir la science infuse, tout ce que j’ai pour appuyer mes dires ce sont mes études de lettres et ma propre expérience d’artiste.

Être écrivain n’est pas une tasse de thé, quiconque vous dira le contraire ne sait sans doute pas de quoi il parle. Qu’il s’agisse de l’angoisse de la page blanche, des refus successifs auprès des maisons d’éditions ou même d’un ego trop démesuré suite à la croyance de la Divine Inspiration, les obstacles à surmonter sont nombreux.

Il ne suffit pas de se dire “j’aime écrire” pour créer quelque chose de réellement correct. Si vous ambitionnez d’être publié, il vous faudra travailler dur sur votre style et votre technique, polir votre patience, votre détermination. C’est un travail de longue haleine, une véritable aventure à entreprendre.

 

1)Les premiers pas.

Mais par où commencer alors ? Comment écrire quelque chose de “bien” ? Déjà il vous faut de l’imagination et de l’inspiration. Rêver est essentiel, mais si vous n’arrivez pas à mettre par écrit vos idées, ça n’avance à rien. Ensuite vient bien évidemment le mental, il est important d’avoir le courage d’envoyer vos écrits à quelqu’un pour en avoir un retour, et surtout d’accepter la critique. De nos jours, de trop nombreux auteurs sont convaincus d’être au-dessus de la masse et de ne pas avoir à essuyer de reproches. Malheureusement ce trop-plein de confiance les dessert plus qu’autre chose, n’oubliez jamais que vous n’êtes pas parfait, et que vos écrits ne le sont pas non plus. Attention, il n’est pas question de suivre au pieds de la lettre tout ce qu’on vous dit, mais d’en tenir compte, de prendre du recul et de comprendre là où vous avez pu commettre une erreur.

Vous ne pourrez jamais plaire à tout le monde, mais ces retours vous permettront de comprendre ce que vous visez comme public, et ce que vous voulez réellement transmettre. De plus, publier certains de vos textes sur le net (en prenant garde à vos droits d’auteurs bien sûr) peut également vous permettre de vous créer une communauté de personnes appréciant votre travail, cela vous sera utile si jamais vous ne trouvez pas de maison d’édition et souhaitez vous auto-éditer.

2)Affiner sa technique.

Comme je l’ai dit plus haut, la technique est essentielle. Le style viendra avec le temps, ne cherchez pas à précipiter les choses, plus vous écrirez, plus vous vous affirmerez. Mais la technique, elle, se travaille. Il est très trèèèèèès rare d’avoir ce qu’il faut dès le début, seule une poignée d’entre nous sait réellement écrire “comme par magie”. Pour le reste, il faut travailler, encore et encore. Vous pouvez en discuter avec des auteurs (pour ceux qui ont le temps de répondre), assister à des masterclass d’écritures, ou tout simplement lire des ouvrages spécialisés. Pour ma part je vous recommande ce dernier point, et plus précisément, de la critique littéraire. Tout simplement parce que comprendre ce qu’on lit, c’est également comprendre comment on peut l’écrire. Un roman est comme une scène de théâtre, vous avez la pièce qui se déroule en premier plan, et tout ce qui l’entoure, les rouages qui la font tourner. Ces rouages du roman sont nombreux, et il est important de les maîtriser. Pour certains, c’est instinctif, pour d’autres non, nulle honte à cela, vous ne changerez pas qui vous êtes mais vous pouvez vous améliorer, et c’est là tout l’intérêt.

3)Une chouette liste de chouettes bouquins pour être encore plus chouette !

Voici donc trois livres de critique, classé selon leur difficulté de lecture, afin de pouvoir vous améliorer.

I) Le Dictionnaire de la fantasy, d’Anne Besson

Difficulté de lecture : Facile.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce nom, Anne Besson est une figure iconique de la critique littéraire dans le domaine de la Fantasy. Son ouvrage cité plus haut recense tous les archétypes du genre, avec moult exemples, détails et explications. Un must-have si vous vous lancez dans le genre ou cherchez des références.

Un petit extrait :

“Un grand nombre d’œuvres, en particulier pour les longs cycles, font intervenir, à un moment ou un autre, une prophétie. Il s’agit d’un véritable topos, souvent affiché dans les titres français, aussi bien dans les romans (Orson Scott Card, Les Chroniques d’Alvin le Faiseur, tome 2, Le Prophète rouge, 1992 ; Robin Hobb, L’Assassin royal, tome 7, Le Prophète blanc, trad. 2003 ; Karen Miller La Prophétie du royaume de Lur, trad. 2008 ; Juliet Marillier, Septenaigue, tome 3, L’Enfant de la prophétie ; Christophe Guilbaud, Les Capelans, tome 1, La Prophétie, 2006 ; Terry Goodkind, L’Epée de vérité, tome 14, Le Crépuscule des prophéties, 2014) qu’en littérature pour la jeunesse (Pierre Bottéro, Le Pacte des Marchombres, tome 3, Ellana, la prophétie, 2008 ; Suzanne Collins, Gregor, tome 2, La Prophétie du fléau, 2004 ; Tui Sutherland, Les Royaumes de feu, tome 1, La Prophétie, 2015) ou encore en bande dessinée (Frédéric Lenoir, Alexis Chabert, La Prophétie des deux mondes, 2003 ; Olivier Hug, Denis Medri, Sans Dieu, tome 1, La Prophétie de la phalange, 2004). Le thème est tellement archétypal qu’il en vient à être parodié (John Lang, Le Donjon de Naheulbeuk, tome 1 La Couette de l’oubli et tome 3 Le Conseil de Suak, 2008 et 2011 ; JBX, Reflet d’Acide, épisode 15, 2012).”

J’avais prévenu, moult références.

II) La Tension narrative, de Raphaël Baroni.

Difficulté de lecture : Moyenne, prenez votre temps pour le lire.

Comment faire accrocher le lecteur à votre histoire dès les premières pages ? Comment faire en sorte qu’il reste jusqu’à la fin ? Pour ça, rien ne vaut le suspense et la curiosité, deux outils parfois assez complexes à prendre en main. N’est pas Maxime Chattam qui veut, et quelques explications sont toujours bienvenues.

Un petit extrait :

Ainsi, la mise en intrigue visant la production du suspense tendra à faire réagir l’interprète en l’amenant à se demander : “Que va-t-il arriver ?”, “Qui va gagner ?”, “Le fera-t-il ?”, “Comment va-t-il faire ?”, “Réussira-t-il ?”, etc. Pour que ces questions implicites soient efficaces, c’est-à-dire pour que l’interprète soit véritablement amené à s’interroger au point que l’attente d’une réponse produise une tension et oriente le discours par l’anticipation d’une résolution, il faut que la question porte sur une “disjonction de probabilité” jugée importante en fonction de compétences qui portent sur la sémantique de l’action et sur lesquelles nous nous pencherons dans la partie suivante.”

III) L’effet personnage dans le roman, de Vincent Jouve

Difficulté de lecture : Difficile, vous allez cracher du sang (nan sans déconner ça passe, pour les habitués c’est une agréable balade, pour les néophytes, prenez votre temps, lisez ça au calme, et n’hésitez pas à relire plusieurs fois certains passages, c’est très instructif).

Souvent, en tant qu’auteur on a envie de créer des personnages emblématiques, qui représentent des valeurs chères à nos yeux que l’on souhaite transmettre. Pour complexifier également notre oeuvre, créer des personnages ambivalents peut être une bonne alternative. Mais comment faire du Morally Grey ? Comment rendre nos méchants suffisamment attachants pour pousser notre lecteur à prendre parti et à s’impliquer davantage dans la lecture ? Vincent Jouve décortique ces procédés et en offre une analyse remarquable.

Un petit extrait :

“L’intellectualité de l’image littéraire apparaît donc comme la conséquence de sa faible détermination. La tâche du lecteur ne consiste pas à combler systématiquement les imprécisions (de toute façon, le rythme de la lecture ne le permettrait pas), mais à déterminer le rôle fonctionnel de chaque notation. Pourquoi, par exemple, nous dit-on de tel personnage qu’il a les yeux bleus alors qu’on ne sait rien du visage de tel autre ? C’est la réponse à ce type de question qui guide les représentations. Le lecteur ne concrétise dans un personnage que les traits mentionnés par le texte, c’est-à-dire les traits signifiants : il laisse les autres dans l’indétermination.”

IV) Conclusion

Voici un rapide tour d’horizon des ouvrages qui pourraient vous aider, vous écrivains, à y voir plus clair dans ce long périple qu’est l’écriture. Cette liste n’a rien d’exhaustive, elle est au contraire purement personnelle, ne dépend que de mon avis et n’engage que moi. Toutefois ça ne vous coûte rien de jeter un coup d’œil et ce sera peut-être l’occasion d’apprendre quelque chose.

Bonne lecture, ou bonne écriture !

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