The Lobster : les dictatures du couple.

Sorti en 2015, The Lobster est un film réalisé par Yorgos Lanthimos. Dystopique, l’intrigue se déroule dans un futur proche, où toute personne célibataire est internée dans l’Hôtel, avec 45 jours pour y trouver l’âme soeur. Si elle échoue, elle est transformée en un animal de son choix. L’Hôtel observe de nombreuses règles, et dispense des  conférences sur les bienfaits d’une relation. Une chasse aux Solitaires fait aussi guise d’activité, et chaque résident tuant un déserteur célibataire gagne alors un jour de plus à son crédit. Le reste du temps, les résidents tentent désespérément de trouver une personne possédant quelque chose en commun avec eux, afin de redevenir un couple, et de pouvoir rejoindre la société.

La société dystopique du film se construit sur l’opposition évidente du système de la norme contre celui de la résistance. Pourtant ici, les deux côtés semblent lutter dans des extrême anxiogènes, et s’avèrent être oppressants.

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La société normalisée adoube le couple comme seule possibilité, et joue sur la peur de la solitude. Elle force les individus à devenir dépendants, et à oublier comment fonctionner en autonomie. L’idée de l’âme soeur est omniprésente. Il ne s’agit pas seulement d’une équipe, mais bien d’une moitié que l’on doit trouver. Dans le Banquet de Platon, Aristophane raconte comment, aux débuts de l’humanité, chaque être possédait quatre jambes, quatre bras, deux sexes et deux visages. Zeus se prit alors de crainte pour ces êtres bien trop puissant, et décida de les affaiblir pour les asservir. Les êtres humains furent alors coupés en deux, et ainsi naquit la quête pour retrouver nos moitiés.  Dans the Lobster, l’idée de moitié est essentielle : il faut un point commun pour permettre aux individus de se raccrocher, et de former un couple. Simuler cette ressemblance, c’est trahir. Il faut ensuite tout faire pour faire tenir le lien, coûte que coûte. Et si le couple rencontre des problèmes qu’il ne peut résoudre seul, il s’en ouvre à la société, qui lui donne un enfant pour le détourner de ses ennuis, et le faire perdurer. La masturbation est aussi interdite : l’autre est la seule source de plaisir, d’apaisement, et c’est aussi lui qui permet d’intégrer une société, où même se balader seul est interdit.

Chez les Solitaires, le couple est au contraire proscrit. Le contact lui même est réglementé. Cette fois, c’est la peur de la dépendance qui est à l’oeuvre. Les individus sont seuls, et doivent être capable de creuser leurs propres tombes. Se toucher, s’aimer, se rapprocher, c’est trahir. Dans les deux cas, l’individu n’a pas le choix.

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S’il refuse de céder à la société, celle-ci le transforme en animal. Le couple est donc un signe d’humanité. C’est un berceau pour les instincts, pour le danger. En effet, en faisant du couple une institution précise, l’état au pouvoir garanti de toujours mettre à côté d’une personne une autre, pour la surveiller. Et si cela ne suffit pas, alors les autres couples pourront aussi les surveiller, la propagande faisant la morale à son image. Ce n’est de plus pas l’amour qui définit le couple, mais la ressemblance. Chacun est alors avec une personne qui possède un défaut ou une qualité qu’il connait, qu’il peut supporter, et surtout qu’il peut suivre. Le couple permet donc bien de n’être jamais seul, que ce soit dans ses faiblesses ou dans ses points forts. Les individus sont alors soumis par leur propre peur de l’abandon, de la solitude et de la remise en question. Chaque être persuade l’autre de sa valeur, et perpétue l’illusion qui garantie le couple, et donc le sentiment de liberté.

Si l’individu s’enfuit, il devient non seulement un hors-la-loi, et est traité comme un animal que l’on chasse, mais il n’est pas plus libre. Il observe juste les règles inverse. Et si un amour sincère nait de cette vie sauvage, il est réprimé, tout comme le serait le célibat. La rébellion devient une autre dictature. L’état comme son inverse imposent alors leurs visions de l’homme :  l’un le veut soumis et donc en couple, l’autre libre mais condamné à être seul.the lobster GIF

Dans tout cela revient la peur. La peur d’une vie sans l’autre, qui est l’élément nécessaire aux illusions dont on se berce, où la peur d’une vie avec l’autre, dont l’absence est la preuve absolue de notre force face au monde. Le monde parait cependant toujours gagner, qu’il tue deux individus ou un seul.

 

 

 

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