Fargo : La neige et la machine à laver.

Les séries sont devenus un moyen privilégié de consommer de la fiction. Le morcellement d’une intrigue, ainsi que sa récurrence, permettent de développer une douce dépendance et un vif intérêt pour un univers qui se complexifie et s’étend sous nos yeux. Les génériques deviennent alors des outils de conditionnement, qui introduisent au moment de visionnage et donnent le temps de suspendre son incrédulité et de signer encore le contrat fictionnel. Les fans de Game of Throne, Twin Peaks, The Mandalorian ou de Doctor Who, entre autres, comprendront l’importance de ces musiques et visuels qui sonnent le glas de la réalité.

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Pour Fargo, le générique peut se résumer au titre de la série qui se superpose à l’image de la scène, mais la musique est, elle, toujours présente et reconnaissable entre toute. Chaque saison présente une histoire distincte, dans une époque différente de la précédente, mais l’unité spaciale est préservée. L’espace, et la nature qui l’occupe, est d’ailleurs presque un personnage à part entière. Hostiles et dérangeants, les aléas du monde sont sauvages, et se posent en véritables obstacles, qui feront naitre pièges comme opportunités pour les protagonistes. Les personnages porteurs de morales faibles ont alors tendance à tomber dans les pièges, tant ils prennent peu en considération leurs contemporains comme leurs environnements, tandis que les personnages porteurs d’une morale plus forte semblent plus prudents, et plus aptes à exploiter ce qui ne dépend pas d’eux, sans recherche frénétique de contrôle.

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L’histoire de Fargo semble d’avantage être celle du MidWest américain que celles des personnages. Seul le lieu reste, en effet, et les saisons bout à bout nous permettent d’entrevoir une frise chronologique de cette parcelle du monde, alors que les individus ne sont à ce stade plus qu’un point dans l’espace. Les premiers teasers sont d’ailleurs révélateurs : plus que des portraits ou des synopsis, ils présentent des plans de contexte, de nature, dans lesquels l’homme prend une place que nous sommes invité à découvrir. Mais le centre reste l’immuable. La neige qui recouvre le sang, les oiseaux qui chantent après les meurtres, le monde qui tourne avec les morts.

Dans la saison 1, les premiers plans nous présentent une nature hostile, qui provoque un accident de voiture. Cet accident de voiture sera la cause même dont découlera l’intrigue, et lorsque les personnages viendront à s’éloigner du fil rouge, leur environnement saura les rappeler à l’ordre. Pourtant, cela n’est jamais forcé, ou extraordinaire. Personne ne se soustrait aux impératifs de son environnement, et personne alors ne saurait s’étonner qu’elle soit à l’origine comme à la conclusion de bon nombre d’intrigues. La nature indolente s’oppose de plus avec les machines. Dans la saison 1 toujours, s’opposent aux plans larges des étendues enneigées les plans serrés du tambour de la machine à laver en plein dysfonctionnement. Et alors que les plans de nature s’alternent en rythme régulier, les trajets de vie des personnages sont semblables à la machine, qui s’emballe et marque un rythme saccadé. Lester semble ainsi prisonnier du tambour, à l’image, mais aussi métaphoriquement, puisqu’il s’enferme dans un cercle, et n’en sort que pour en rejoindre un autre, et chaque démarche se fait l’amorce d’une cercle encore plus vicieux que le précédent, et plus fatal.

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Chaque histoire est présentée comme réelle, avec une modification des prénoms pour le respect des survivants. Cette humilité et cette décence nous prennent par la main pour nous plonger dans le domaine du “pourquoi pas ?”. Pourquoi ne serait-ce pas réel, alors que tout nous parle, dans ce monde fait uniquement de référents communs ? Tout ce qui surprend ou parait unique n’est pas impossible, mais plutôt la conséquence d’un chemin difficile douloureux, de choix originaux, de miracles ou de manque de chance. Tout peut arriver, nous en sommes alors sûr, il suffit d’une fois. La réalité proposée et la nôtre s’entremêlent et se superposent, interrogeant les termes du contrat fictionnel. La série Fargo est aussi lié au film du même nom. Il ne s’agit pourtant ici ni d’un remake ni d’un reboot, mais d’une transposition. Le même système d’exploration, dans un autre espace. Fargo réinvente sans supplanter ou supprimer. Il s’agit d’explorer libre dans le temps, mais limité dans un espace ou les frontières sont faites de neige et de conséquences.

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