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Dracula : La somme du temps et Voldemort.

En ce début d'année est sortie la série Dracula, écrite par Steven Moffat et Mark Gatiss. Si la série s'inspire du roman de Bram Stoker, le Dracula que l'on découvre semble fait autant du roman que des films, et des légendes présentes avant cela.

En ce début d’année est sortie la série Dracula, écrite par Steven Moffat et Mark Gatiss, que l’on connait déjà pour leur travail sur Doctor Who et l’excellente série Sherlock. Si la série déclare s’inspirer du roman de Bram Stoker, le Dracula que l’on découvre semble fait autant du roman que des films, et des légendes présentes avant cela.

mark gatiss film GIF

Ainsi, le mythe est étudié. La légende du vampire prend ici toute son ampleur, et différentes superstitions de diverses époques se côtoient. Le comte Dracula est ici sensible au soleil, associé au loup, aux chauve-souris, à la peur de la croix… les références se mêlent et se complètent. Face au vampire apparaissent Harker, Mina, et Van Helsing, cette dernière se plaçant dans la lignée des femmes fortes où l’on retrouve River Song, la Femme et Mary. Les personnages sont tous marquants et psychologiquement présents, présentant de réelles réflexions au spectateur. Le rapport à Dieu, à la mort et à l’amour sont décrits au travers de toutes les histoires racontées, et nous resterons concis afin de ne pas trop vous spoiler…

Leader Dracula GIF by BBC

Les dialogues sont empreints d’un humour noir finement mené, qui s’inscrit parfaitement dans les scènes d’enquêtes comme dans les situations d’horreur. En effet, le romantisme et la suggestion des films précédents comme du roman sont écartées, laissant place à de la cruauté et des effets visuels gores. La vampire est alors individualisé et humanisé par un Claes Bang charismatique, mais aussi ramené à l’état de bête par une nudité qui côtoie le sang, la mort, et déchire la matière tout autour d’elle. Ce que Dracula touche, il le détruit, et le craquèlement de la peau et des matières organiques traduisent cela à merveille.

Les premiers plans de la série se veulent larges, noyant le spectateur comme le personnage dans l’immensité immuable d’un paysage morne, conservé par la peur qu’il inspire. Cette introduction n’est pas sans rappeler les premières minutes des épisodes de la série Fargo, dont on vous parle ici. Ensuite, des panoramiques rapides nous présentent des espaces plus réduit, avec toujours suffisamment de décalage avec le personnage pour nous faire ressentir l’insécurité, la traque, et le danger derrière nous, comme un souffle dans le cou. De même, les moments de révélations se passent parfois de dialogue pour simplement se mouvoir en un plan d’une évidence limpide, qui vient nous donner la réponse qui crève alors les yeux.

Hungry Claes Bang GIF by BBC

!Spolier alerte- ici nous allons discuter du propos même de la série, et de Voldemort!

La plus grande faiblesse de Dracula, c’est sa peur de la mort. Dans cette quête de l’immortalité trouvée, il semble cependant s’être transformé. Ce qu’il était n’est pas ce qu’il est. Ceci dit, cela semble être vrai pour tout le monde : nous ne sommes pas notre passé ni notre futur, notre personnalité change spontanément avec notre vie. Cependant, le comte semble s’être, au fil du temps, confondu avec les légendes et ses habitudes. Si sa peur de la mort le pousse à craindre la croix et par elle la vertu d’un Jésus qui embrasse la mort, l’objet n’est pas censé le tuer. Mais la rumeur le dit, et petit à petit lui même arrive à s’en convaincre. Il en va de même pour le Soleil, et pour la terre. Les autres vampires ne semblent pas soumis aux mêmes règles, il s’agit donc bien de la légende du Comte Dracula, pas des vampires. Ses ancêtres sont morts au combat, et lui même était un guerrier, mais il a traversé la guerre sans y tomber. A partir de là, il craint la petitesse d’une mort simple, dans l’anonymat, et s’enfonce dans la honte de ne pas avoir su mourir. Mark Gatiss Smile GIF by BBC

La cruauté de Dracula est aussi légendaire. Il ne semble pas vraiment connaitre l’empathie ou l’amour. Ceci dit, cela ne l’empêche pas d’épargner Harker, de choisir Lucy, ou de finir avec Agatha. En effet, c’est la distance qui semble le rendre indifférent à la foule. Le peuple le craint et le vilipendage va bon train. De là, il est peu probable que Dracula éprouve de l’amour pour une masse qui l’ostracise et vit sans l’ambition qu’il désire. Dans le 21ème siècle, le vampire subit la distance générationnelle. il ne retrouve ni ses valeurs, ni ses habitudes, ni son monde. Pourtant, Dracula souhaite se reproduire. On peut de là déduire que la solitude est tout de même présente, mais aussi le besoin de compréhension. Agatha ainsi gagne son estime en cherchant à le comprendre. Pour le détruire certes, mais à le comprendre tout de même. Et cela le charme. Car l’idée de reproduction inclue l’apparition d’un être proche, qui pourrait alors comprendre et tolérer Dracula. C’est l’idée d’une personne pour acquiescer qui naît. En décalage avec tout le monde, il se place en dehors de la norme, et est le seul représentant de son idéal. une autre personne pourrait le conforter dans son chemin, le renforcer et lui permettre de renouer avec lui-même. Cette union, cette compréhension, il la trouvera dans Zoé et Agatha, qui le comprendront mieux que lui-même ne peut le faire.

Le temps isole de plus en plus Dracula. Dans notre temps, il se retrouve face a des avancées qu’il ne peut comprendre ou appréhender spontanément. Mais ce sont surtout les foules qui l’isolent, puisqu’il finit par ne plus se reconnaître nulle part. Pourtant, inconsciemment, il trouve aussi l’antidote parfait à son mal : Lucy. Lui qui se sent tiraillé de l’intérieur, et ne lâche jamais prise, il peut alors voler à une milléniale son je-m’en-foutisme légendaire et peut-être avancer plus sereinement. Il trouve pourtant autre chose dans notre époque : le tabou de l’immortalité.

Dans les siècles précédents, l’immortalité ou les longues vies étaient l’apanage des sages, des religieux. Les héros ne meurent alors pas, et les sages non plus. Une vie bien menée court longtemps. Dans notre siècle pourtant, les héros meurt. Sciemment. Les héros, en fait, contrairement à leur antithèses, savent mourir, et s’élèvent. Seuls les méchants s’accrochent vainement à la vie, par peur. Ainsi Harry Potter se donne à la mort, là ou Voldemort se cache et fuit. Cette recherche d’immortalité est sa faiblesse, mais aussi un vulgaire déguisement. Sous cette apparente quête de puissance, il cache en fait sa peur et sa honte. Tom Riddle a peur de mourir, et dirige tout sa volonté et son pouvoir contre la contingence intrinsèque à l’humanité, jusqu’à ne plus être un humain tout à fait. Tout est alors bon pour éviter de disparaître : déchirer son âme, ou boire du sang.

Dracula n’est pas qu’un méchant. Il attire une certaines sympathie par son charisme et ses failles. Il aime la compagnie et est sensible à la flatterie, ses plans ne sont pas toujours parfaits et parfois il se fait contrecarrer, et tout cela le rend plus proche de nous encore. Sa peur, toute innocente presque, de cette inconnue qu’est la mort le rend encore plus proche. La mort est la grande question, la condition même à la vie, la seule certitude et l’inconnue la plus vaste. C’est la premier problème que découvre l’enfant, et celui que l’adulte ne résout pas. Il faut accepter de vivre pour mourir. Voldemort meurt encore dans le déni, détruit, et s’efface lui même. Il laisse une trace de peur derrière lui, mais rien d’autre. Il aurait pu prétendre à l’immortalité par son lègue, mais il n’a pas élevé d’héritier, exercé de pédagogie, et n’a pas de lègue culturel à son actif. Il était égoïste et n’aura servi que lui même. Le Comte Dracula accepte pour sa part que sa solitude est justifiée. Il est le seul à refuser de mourir, mais c’est à lui de faire le pas, pas au autres de partager son fardeau. Ainsi, Agatha lui montre la voie, et il comprend qu’il est temps pour lui de redevenir un guerrier, et d’entamer l’ultime bataille.

L’immortalité est futile et illusoire. Tout le monde meurt. Que ce soit de mort naturelle, de maladie, d’accident, ou bien lorsque le soleil brûlera la Terre. Rien ne peut survivre à l’éternité. La vie doit s’appréhender dans sa fragilité et sa fugacité. La valeur est faite de rareté et d’éphémère. Il faut chercher à bien user de son temps, non pas à le prolonger.

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