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Point sur la genèse : 2001, l’Odyssée de l’espace

A la fois film et livre, 2001, l’Odyssée de l’espace est une pierre angulaire de la science fiction. Objet transmédia mythique, tous les versants de l’oeuvre fascinent encore aujourd’hui. Retour sur la création d’un monument de la culture science-fictive.

Il y a maintenant 52 ans, le public rencontrait, ébahi, l’oeuvre de Kubrick, ainsi que celle de Arthur C. Clarke. A la fois métaphysique et anticipative, l’oeuvre se payait le luxe de verser dans la romantisme et le lyrisme, tout en gardant une forte part de mystère. L’Odyssée de l’espace marque alors le renouveau d’une science fiction qui s’empâte sur elle-même. Alors que l’homme ne marchera sur la lune que l’année suivante, l’intrigue l’envoie déjà sur Jupiter et Saturne.

Conjointement écrit par Arthur C. Clarke et Kubrick, l’intrigue cherche à coller à une réalité potentielle. Ainsi, la technologie utilisée ne doit pas dépasser de beaucoup celle du temps de l’écriture, afin de rendre le passage à l’acte parfaitement plausible. Afin de respecter cette règle, le romancier ira étudier la création d’Apollo 11, sur invitation de la NASA. Le cadre doit être réaliste en tout point. Seuls certains points deviennent alors des anticipations hasardeuses, comme l’utilisation omni-présente du visiophone, qui s’avère vraie de par notre utilisation quasi-constante des smartphones, et l’intelligence omnisciente de HAL. Ce dernier point est d’autant plus risqué qu’à l’époque, les robots sont une nouveauté fragile et balbutiante. Tout le reste est réalisable et déjà réalisé. Les maquettes des environnements spatiaux et technologiques dépassent de loin ceux des autres films, par leurs tailles comme par leurs détails. Tout est vérifié par des experts et s’appuie sur des documentations de la NASA. La réalité finit même par l’emporter sur la vraisemblance. Les stéréotypes et clichés spatiaux dont nous ont nourri les films de science-fiction précédents sont délaissés, au profit d’images spatiales récentes et véritables.

Si Kubrick et Clarke ont travaillé ensemble ( l’idée de base venant de la nouvelle La Sentinelle du romancier ), l’oeuvre finale est composée de deux produits différents: le roman, et le film. Le film porte la marque forte du réalisateur : dépouillé, précis et interrogatif plus qu’explicatif.  La façon dont l’intrigue se joue du spectateur et de ses attentes, tout en mettant à mal l’imagination, est un point commun avec le roman, même si celui-ci s’avérera moins avare d’explications. Les deux pourtant, portent d’autres valeurs fortes. La science et sa rigueur balisent les deux intrigues, et l’espace dans son infini mystère aussi. Ce qui est terrible ici, c’est notre manque de compréhension, mais il est réel. Nous sommes condamné à ne pas tout savoir, à ne pas avoir de réponse, à toujours avoir un inconnu devant nous. L’univers est indifférent à nous et trop vaste pour nos coeurs. Le roman a ses propres idées aussi : le monolithe est alors transparent, non noir, et le voyage à pour destination Saturne, non pas Jupiter. De manière globale, l’intrigue suit une narration plus “classique”. Son mystère se situe dans certains points peu explicites de sa résolution, mais surtout dans les descriptions, qui jouent avec notre place de lecteur et nos mécanismes imaginatifs, comme nous avons pu en parler ici.

Il faudra cinq ans et six millions de dollars à 2001, l’Odyssée de l’espace pour naître. La critique est mitigée, et il faudra des générations de cinéphiles pour garder l’oeuvre de l’oubli. Devenu depuis un chef d’oeuvre reconnu, les hommages se multiplie. La Nasa nommera ainsi le module de commande de Apollo 13 “Odyssey”, et Georges Lucas s’inspirera de certains effets du film pour créer sa vision du saut en hyperespace. Derrière les prouesses et devinettes technologiques, c’est l’homme qui est remis en question. Arraché de sa Terre, sa place est incertaine en apesanteur. Entre réflexions sur le visage de l’humanité et de la machine,  et volonté de perdre l’individu sans l’infini autour de lui, l’oeuvre désarçonne et sort les problématiques de la vie du temps. Les vraies questions semblent alors durer éternellement, et ne jamais devoir avoir de réponses.

glow 2001 a space odyssey GIF by Erica Anderson

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