Poufsouffle, une maison aux qualités sous-estimées

Loin de moi l’envie de critiquer les qualités d’écriture de JK Rowling, néanmoins, dès lors qu’on en vient aux maisons de Poudlard, on se retrouve face à des archétypes à la limite du manichéen. Et si les Serpentards sont les plus détestés, on trouve des qualités inhérentes à leur statut de grands méchants de l’histoire. Ambition, malice ou encore un certain coté badass, autant de qualités qui font qu’ils sont aussi craints qu’admirés – dans les romans, tout du moins. Pour faire un rapide tour des maisons, il nous reste les Griffondors dont les qualités sont vues et revues, dans ta face, au cas où tu n’aurais pas compris que c’est eux les gentils. Et finalement on a les Serdaigles – créativité et intelligence (et élitisme, mais il ne faut pas le dire trop fort – bibliothèque oblige).

Quelle maison nous reste-t-il… Ah. Oui. Poufsouffle. Pardonnez-moi, je les avais zappés.

Je suis ironique, bien entendu.

Tout au long des romans et dès l’introduction des personnages, Poufsouffle est dépeinte par les protagonistes comme une maison sans réelle identité, réputée pour être occupée par des cancres simplets et sans ambition, pas assez téméraires pour sauver le monde des grands méchants – pas très utiles au développement de l’histoire. La maison est sous-représentée et critiquée au travers des sept livres, on nous offre par ailleurs seulement deux personnages importants : Tonks et Cédric Diggory. Et encore, je dis « important » mais ils demeurent assez périphériques à l’intrigue.

Le mépris doucement condescendant à l’égard des Poufsouffles vient avant tout d’un mépris pour les qualités représentées par cette maison, pas seulement dans les romans, mais dans notre société actuelle. Car ils sont avant tout définis par ce qu’ils ne sont pas, à savoir des protagonistes dans l’âme, des héros ambitieux clamant leur volonté de changer le monde.

Selon le site Wizarding World, la société créée par JK Rowling autour du monde d’Harry Potter, les valeurs de la maison poufsouffle sont les suivantes : sincérité, gentillesse, tolérance, justice et loyauté. Dans notre société, ce ne sont pas, pour la plupart, des qualités reconnues. Elles sont prises pour acquises et coulent sous le sens. Mais pouvons-nous vraiment considérer ces qualités comme acquises ?

Il aura fallu 20 ans et l’apparition du personnage de Newt Scamender (Norbert Dragonneau) pour que la maison gagne en intérêt aux yeux du public. Malgré cela, bon nombres de critiques autours du film Les animaux fantastiques ont dénoncé un protagoniste inintéressant, pas fondamentalement charismatique. En somme, qui n’a rien d’un héros. Mais c’est bien là ce qui fait de Newt un personnage captivant, il n’est pas un nouveau héros Marvel, avec de gros muscles et des punchlines à toute épreuve. Il est empathique, sensible, attentif. Des qualités sous-cotées chez les protagonistes des sagas littéraires ou cinématographiques, et d’autant plus quand il s’agit de protagonistes masculins. Ces qualités ne sont pas reconnues comme telles : Tu es gentil ? Tu es inintéressant. Tu es loyal ? Tu es un personnage de second plan. Tu es sincère ? Tu es naïf.

On nous apprend dès le plus jeune age à être fort-e-s, à « en vouloir ». La compassion, la patience, l’empathie ne sont pas des qualités qui font communément rêver, elles ne sont pas grandioses et sont bien souvent passées sous silence. Elles peuvent même être dures à revendiquer : quand on ne sait pas que dire de quelqu’un on dit « Oh bah iel est gentil-le. ». En conclusion, la gentillesse s’en revient à être connotée comme quelque chose de péjoratif, d’inintéressant. Pire, parfois on les dit faibles – d’où la réputation de cancres des Poufsouffles.

Faire preuve d’empathie, de compassion face aux personnes qui nous entourent est une qualité importante, qui devrait être reconsidérée et n’est pas acquise – le mépris à l’encontre de la maison en étant la preuve. Elles permettent la communication et une meilleure compréhension de l’autre. C’est ce dont font preuve Newt et Cédric à plusieurs reprises dans leurs développements. Ils comprennent, puis aident leur prochain, s’effacent même derrière ce dernier. Ils travaillent corps et âmes pour atteindre leurs buts, buts principalement inintéressés – Newt soigne les animaux parce que c’est ce qui lui semble juste, il veut les faire reconnaître auprès de la communauté magique parce que ça lui semble naturel. Non pas pour lui mais pour ces animaux, pour leur intérêt et leur survie. Non pas pour la gloire de faire quelque chose de bien mais parce que c’est ce qui lui semble objectivement être le bien.

Un cliché revenant souvent lorsque l’on mentionne la maison Poufsouffle est la localisation de sa salle commune : à côté des cuisines. Il est vrai, à nouveau, que c’est moins classe que la tour des Serdaigles ou les cachots des Serpentards. A côté des cuisines, ça fait balourd, goinfre, à nouveau pas très héroïque – donc sujet aux moqueries. Mais objectivement, avoir sa chambre à côté des réserves de nourritures, est-ce que c’est pas la vie ? Plus sérieusement, cela traduit d’un point de vue symbolique cette capacité à l’empathie, au calme, à la gentillesse. On retrouve ce côté confortable et cosy, quelque chose qui donne la sensation d’être chez soi. Les Poufsouffles ne sont pas des téméraires qui vont foncer la tête la première dans les ennuis, ils cherchent une vie simple, et sortent de leur zone de confort après réflexion, quand il s’agit de faire ce qui est juste. On retrouve alors cette idée de stabilité, de personne à qui on peut se fier car raisonnées et attentionnées face aux besoins des autres.

Certes, ces attributs ne sont pas aussi grandioses que l’intelligence, l’ambition ou encore le courage lorsqu’il est revendiqué comme tel. Mais ce n’est pas ce qui empêche les Poufsouffles de faire le bien, d’atteindre leurs buts et de faire preuve d’astuce pour se faire. Dans ce cas pourquoi ne pas en parler, pourquoi ne pas mentionner ces actes de bravoure et d’ambition ? Tout simplement parce que les Poufsouffles sont humbles, ils ne cherchent pas la reconnaissance. Prenez Cédric Diggory – au moment crucial de la fin du tournoi des trois sorciers, il propose simplement à Harry de prendre le trophée pour lui avoir sauvé la vie.

On peut donc en conclure que tout réside dans l’idée que les qualités des Poufsouffles sont humbles et désintéressées, cherchant tant le bon dans toute situation qu’à faire le bien. Humbles car ils ne cherchent pas la lumière et la gloire. Ils sont discrètement présents et, nous pouvons désormais, je l’espère, nous accorder sur ce point : injustement sous-estimés.

Articles recommandés

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :