Point sur la genèse : La saga du Monde de Narnia, de C. S. Lewis.

Je cherchais à faire un titre encore plus long, mais ce n’est pas si simple.

Au même titre que Tolkien est un parangon de la fantasy avec le monde du Hobbit et du Seigneurs des Anneaux, C. S. Lewis se pose là en tant que gros morceau du genre, et référence pérenne des mythiques sagas.

Si la plus récente génération (dont je fais partie) a pu connaître son oeuvre à travers l’adaptation cinématographique, Les Chroniques de Narnia ne nous ont pas attendu pour exister et répandre leur influence dans le milieu.

Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Tant de questions auxquelles cette article va tâcher de répondre.

I)Zoom sur l’auteur, qui était C. S. Lewis ?

Je vous passe le déroulé de son enfance malheureuse trouvable sur Wikipédia pour aborder plutôt l’essentiel, à savoir ce qui a amené à la création de la saga.

Lewis est né à la toute fin du 19e siècle et a vécu une grande partie du 20e. Né dans une famille croyante, les mauvais traitements subis par le modèle éducatif des pensionnats et les malheurs de la vie ( sa mère qui meurt quand il a 10 ans) lui ont fait perdre la foi, mais pas le goût des études. Après un court mais intense passage dans les tranchées en 1917, un obus le renvoie dans sa douce université d’Oxford, où il continue et finit brillamment ses études de philosophie, lettres classiques et littératures anglaises.

Comble du bonheur, Lewis se retrouve finalement à enseigner à Oxford en même temps qu’un certain J.R.R. Tolkien avec qui il partage un goût certain de la littérature médiévale et des mythes antiques.  Tolkien rentre à Oxford en 1926, et intègre un “club” (à prononcer avec votre accent le plus british), les Coalbiters, dans lequel on s’occupe en traduisant les Eddas du vieil islandais (chacun son occupation) et en partageant un amour commun des histoires de chevaliers et de dragons.

Une belle amitié se noue donc entre les deux compères, qui en profitent pour échanger des théories autour d’une bonne bière, parmi lesquelles celle de la subcréation de Tolkien, l’idée de mondes extérieurs au monde originel, celui de Dieu (et de nous donc) dans lequel immerger un lecteur afin de transmettre certains principes. Cette théorie va profondément marquer Lewis, qui va y adhérer et en extraire plus tard le sujet de cet article, à savoir Les Chroniques de Narnia.

II) La chaudron du conte, ou l’inspiration diverse qui amène à la création.

L’envie d’écrire sa propre oeuvre va faire son chemin dans l’esprit de Lewis, mais Narnia (on va écourter le titre) n’est pas son premier jet, car avant lui est venu La Trilogie cosmique durant la Seconde Guerre Mondiale.

Toutefois, c’est à travers sa saga que Lewis va pouvoir expérimenter toutes ses idées, et pour cela il n’hésite pas à procéder comme Tolkien. Il pioche donc dans les nombreux contes qu’il connait, ajoute à cela le bestiaire mythique dont il aimait tant discuter avec son comparse et y ajoute finalement un gros morceau, l’Évangile. Car oui, à force de discuter avec des gens très orientés religion (comme Tolkien, on y revient souvent finalement), Lewis finit par retrouver la foi, et se convertit au protestantisme (au grand dam de son collègue, qui pour le coup voulait en faire un catholique). Si La Trilogie cosmique était teintée d’une certaine idéologie religieuse, Narnia va y plonger les pieds en avant.

On retrouve donc des chevaliers au cœur vaillant, des animaux qui parlent, des faunes…et un lion divin. A travers Aslan, c’est donc le Christ réincarné qui préside tout ce beau monde, et permet à Lewis de réécrire sa Genèse avec un zeste de fantasy (avouez que c’était bien trouvé !) A travers le monde de Narnia on peut donc voir non pas une allégorie de la religion, mais bien une réécriture sauce fiction. Les grands événements chrétiens y sont alors revécus, Aslan qui se sacrifie pour racheter la trahison d’Edmund nous rappellera sans mal un célèbre barbu sur deux planches de bois et la disparition du monde de Narnia sous les flots le Déluge et l’Apocalypse.

III)Pourquoi une telle démarche sacrebleu ?!

La question se pose en effet, était-ce par manque d’inspiration ? Et bien non pas du tout, Lewis voit au contraire dans son oeuvre un moyen de transmettre sa foi, mais de manière bien plus douce. Sa saga offre au lecteur des théories qui sont libres d’interprétation, car s’il aspire à convaincre, il ne brusque pas son lecteur. Celui-ci est donc libre de trouver ce qu’il souhaite dans ces lignes, sans passer par une conversion insidieuse et vile (rappelons que Narnia est considéré comme littérature jeunesse, et que convertir des jeunes esprits sans les en avertir, ce n’est pas vraiment très friendly).

Cependant, avant d’être croyant convaincu, Lewis est également un auteur sérieux et appliqué (certains crieront ironiquement “Hallelujah”), et ne force donc pas non plus le trait. “Les parallèles chrétiens ne doivent pas être trop lourds et explicites, ou systématiques , tout en restant toutefois perçus par le jeune public : équilibre fragile où il place la volonté narrative avant les aspects moraux, qui doivent apparaître tout naturellement comme découlant de l’histoire elle-même.”*

La démarche est donc didactique, avec l’imaginaire comme moyen de transmettre les valeurs de son auteur sans pour autant être inquisiteur. Le temps et les critiques auront prouvé que c’est réussi, car chacun trouve dans les Chroniques de Narnia ce qu’il est venu y trouver : pour certains un divertissement, pour d’autres les preuves d’appui pour des théories théologiques, qu’ils soient protestants ou catholiques. C’est donc pour tous l’occasion d’un voyage spirituel, une évasion dans un monde nouveau, mais doucement familier.

*ce passage est tiré de l’excellent ouvrage La fantasy d’Anne Besson qui aborde avec beaucoup de détails l’histoire du genre et les questions qui s’y rattachent. Si cet article vous a intrigué, vous trouverez là-bas des pistes et des réponses supplémentaires qui ont servi d’inspiration à la rédaction de votre lecture actuelle.

Pour plus d’articles sur Narnia, voir également :

Narnia et les enfants d’un autre temps.

Recommended Articles

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :