Point sur la Genèse – The Hobbit de J.R.R. Tolkien

 

« Dans un trou vivait un Hobbit. » voilà tant l’incipit du Hobbit que la toute première phrase écrite par son auteur aux premiers instants de la création d’une œuvre fondatrice de la Fantasy. Si l’on pense que le travail lié à la Terre du Milieu a débuté avec la rédaction du Hobbit, on se trompe passablement. Il s’agit certes du premier travail publié de J.R.R. Tolkien, mais pas de ses premières aventures personnelles dans les contrée du Gondor ou du Rohan. Nous allons observer aujourd’hui le cheminement des travaux de Tolkien qui ont mené à la publication du Hobbit en 1937.

Son travail, qu’il soit personnel avec ses écrits ou dans sa carrière universitaire, se concentre exclusivement sur la philologie, l’étude des langues. Il commence ses travaux dans les années 1910, se concentrant donc uniquement sur la création de langages sans se poser la question de l’intrigue. L’origine même des écrits de Tolkien n’est donc pas une histoire, contrairement à la majorité des auteurs, mais des langages. Ainsi, ce n’est pas le personnage de Bilbo ou même l’Anneau de pouvoir qui lui viennent en premier, mais bien les langages parlés en Terre du milieu, comme l’Elfique ou le Khuzdul (le parlé nain). Il s’inspire pour ce faire du vieil anglais qu’il étudie puis enseigne à l’université. On retrouve également de l’écossais, du gallois ou même du grec dans la grammaire ou les sonorités des langages inventés.

C’est alors qu’il est sur le front de la première guerre mondiale que Tolkien, écrit le conte de Beren et Luthien, qui deviendrait ensuite un élément central de toute la mythologie de son œuvre. Il s’inspire par ailleurs de lui-même et de celle qui deviendra son épouse pour établir l’intrigue d’une histoire d’amour impossible. Jugé inapte à rester sur le front pour cause de blessure, Tolkien postule à Oxford où il décroche un poste de professeur assistant en philologie. Tout en enseignant, il continue ses travaux linguistiques en commençant à nourrir de conte et légendes ce qui deviendra le Silmarillon. Celle-ci est un recueil de poèmes et de contes de la Terre du Milieu que Tolkien n’a eu de cesse de nourrir au travers de sa vie, son œuvre majeure qu’il n’a jamais eu le temps de finir.

C’est à la fin des année 20 et sous les encouragements C.R. Lewis (l’auteur de Des Mondes de Narnia) que Tolkien commence la rédaction du Hobbit. Son ami lui trouve une imagination hors du commun et lui conseille vivement de se diriger dans cette direction. La première phrase du roman lui vient à l’été 1929, alors qu’il corrige des copies, il la note sur un brouillon : « Dans un trou vivait un Hobbit. ». Il ne sait alors ni ce qu’est un Hobbit ni ce qui fera les piliers de son roman, mais elle entame néanmoins un travail long de plusieurs années. C’est à ce stade que les premier brouillons du Silmarillon entre en scène. Les éléments mythologiques déjà établis lui permettent d’élaborer une base solide pour son intrigue et lui permet de faire d’une pierre deux coups en continuant de construire son Univers tout en se penchant en détail sur une aventure précise. Pour parfaire ses idées, Tolkien lit ses brouillons à ses enfants, de façon à être certain que l’ébauche de son histoire plaise à l’audience qu’il vise. Il s’inspire également des paysages qu’il découvre en voyage, basant la Comté sur les plaines Anglaises ou l’épisode des Montagnes Brunes sur les montagnes Suisse qu’il a découvert dans ses jeunes années.

Il base beaucoup de ses personnages sur ses propres écrits, adaptant leurs histoires pour qu’elles coïncident avec l’intrigue. Plusieurs péripéties sont alors reprises pour nourrir les aventures de Bilbo : il y raconte par exemple l’histoire de Beren et Luthien. Mais il n’est pas son unique inspiration. Étant un universitaire spécialisé dans l’enseignement de l’ancien anglais, on retrouve assez aisément des inspirations des textes fondateurs de la littérature anglaise dans son œuvre, notamment le conte épique Beowulf, un récit narrant le triomphe d’un héros sur une terrible créature mangeuse d’hommes. L’auteur reconnaît lui-même que le vole de l’Arken Stone dans l’antre de Smaug est une référence directe au vol de la coupe à la fin du conte éponyme. Tolkien s’est également inspiré de la mythologie nordique pour la création de certains personnages ou créatures, Gandalf, par exemple, chez qui on retrouve des attributs d’Odin. Les contes des Frères Grimm ainsi que ceux des auteurs George McDonald et Edward Wyke-Smith sont aussi de grosse inspirations pour Tolkien.

Le récit est terminé au début de l’année 1937 et débutent de longues discussions avec les éditeurs. Non pas pour trouver un éditeur, cette tâche fut aisée, mais bien pour les questions d’illustrations. Tolkien met un point d’honneur à obtenir le droit de dessiner lui-même toutes les illustrations de l’édition de son roman. Premièrement pour des questions d’alphabet. En effet, ayant créé plusieurs alphabets correspondant aux différents parlés de la Terre du milieu, il lui semblait improbable de laisser un autre créer visuellement ces langues à sa place. C’est de fait ainsi que naissent l’elfique ou encore l’iconique carte de la Terre du Milieu, dessinée donc par Tolkien lui-même.

Après sa publication en 1937, et face au succès immédiat du roman, les éditeurs de Tolkien lui demande une suite au Hobbit. C’est alors que lui vient l’idée du seigneur des anneaux, suivant l’avenir de Gandalf et celui du neveu de Bilbo, Frodo. Cependant l’idée centrale à cette nouvelle intrigue tourne autour de l’anneau, anneau qui, dans la première version du Hobbit est gracieusement donné par Gollum à Bilbo à la suite des énigmes dans le fond de la caverne des Gobelins. Ainsi, des modifications menées par Tolkien sont sont opérées dans une réédition en 1939, dans laquelle Gollum se montre bien plus vindicatif à la perte de son précieux.

Tolkien se consacre ensuite à la rédaction de son œuvre la plus reconnue – Le seigneur des anneaux. Mais cette histoire-là, ce sera pour une prochaine fois…

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