Genèse d’un personnage : Davy Jones

Davy Jones est l’un des vilains emblématiques de la saga Pirates des Caraïbes, on le retrouve dans le 2, le 3 et même à la toute fin du 5. Pourtant, avant d’être un simple personnage de film, Davy Jones est une légende.

Bien connu des marins, notamment britanniques, Davy Jones est un être qu’on apparente à l’enfer, ou en tout cas à la mort. On retrouve son nom dans l’expression qui désigne le fond de la mer, où reposent les marins perdus ou morts en mer “to be sent to Davy Jones’ locker” (ce qui signifie dans notre douce langue “être envoyé dans le casier de Davy Jones”).

Fondamentalement, on ne sait pas réellement d’où vient la légende de cet être, mais il en est fait mention dans le roman picaresque de l’auteur écossais Tobias Smollett “The adventures of Peregrine Pickle” datant du 18e siècle. Dans cette oeuvre, Davy Jones incarne une sorte de signe de mauvais augure, qui annonce des désastres et est en lien avec les démons des profondeurs.

Davy Jones dans Pirates des Caraïbes.

La saga Pirates des Caraïbes a repris certains éléments du mythe et Davy Jones est mis en avant comme le grand méchant de l’histoire. Pour cela il récupère son rôle d’annonciateur de désastres, et se voit attribué deux autres symboles forts : le Hollandais volant, navire fantôme par excellence, réputé dans sa légende pour hanter les mers et massacrer les marins, et le contrôle du Kraken, ce monstre mythique capable d’engloutir des navires entiers. A la tête du navire le plus rapide des océans, avec sous ses ordres une créature gigantesque et un équipage immortel, Davy Jones est le Némésis de tous ceux qui voguent sur les flots.

Mais le personnage ne se résume pas à cela, bien au contraire. La légende a été retravaillée, avec cette fois-ci un fond plus clair et plus intéressant. Il y a une raison derrière le comportement de Davy Jones. Autrefois navigateur humain, amoureux de la mer, il choisit de tout lui sacrifier. Cette dernière, sous la forme de la déesse Calypso, lui propose alors un pacte : s’il passe 10 ans en mer à guider les âmes des défunts vers leur dernière demeure, il pourra passer un jour avec elle. L’homme accepte, mais après 10 ans, le jour promis, il se retrouve seul. Fou de rage, il s’arrache le coeur pour ne plus jamais ressentir cette douleur, ce sentiment d’abandon, et décide alors de se venger en hantant les mers. Pourtant, malgré tout cela, le sentiment de trahison et la vengeance, la passion brûle toujours chez lui, et sa haine est proportionnelle à son amour. Derrière son apparence monstrueuse se cache un homme blessé, seul et abandonné qui voue sa vie à la femme qu’il aime, d’une manière ou d’une autre.

Un capitaine pour les gouverner tous.

Durant la saga, on nous apprend également que quiconque contrôle le coeur de Davy Jones, contrôle le Hollandais Volant, et que s’il venait à mourir, il faudrait un autre capitaine au navire fantôme, car celui-ci doit remplir la mission de Calypso, à savoir guider les âmes. Cette précision a son importance parce qu’elle implique quelque chose de plus grand.

Davy Jones, par sa passion et son amour demeure profondément humain, et sa démarche pour s’arracher le coeur, si physiquement l’éloigne de cette idée, l’en rapproche émotionnellement. Nous cherchons toujours à échapper à la souffrance parce qu’elle nous rappelle notre impuissance et nous oblige à nous faire face pour surmonter notre état. Au final, s’il suffit de lui transpercer le cœur pour prendre sa place, alors tout le monde peut être Davy Jones. Et derrière le monstre nous apparaît un reflet de nous, certes déformé, mais demeurant un possible à envisager. Grand amoureux de la liberté et de la mer, pouvant naviguer à jamais sans craindre la mort ou les hommes, le capitaine du Hollandais Volant ressemble donc plus à la consécration du pirate qu’à un réel cauchemar, et la crainte qu’il inspire à ses semblables ne fait que renforcer cette idée.

 

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