Point sur la genèse : Conan le Barbare

Aujourd’hui on va parler d’un oeuvre-clé dans le développement de l’Heroic fantasy au 20e siècle, j’ai nommé Conan le Barbare, de Robert E. Howard.

Howard fait partie de ces auteurs controversés pour leurs opinions, et les idées qu’on leur attribue, parfois à tort ou à raison. Toutefois, son impact sur l’horizon littéraire du 20e siècle n’en demeure pas moins notable. Avant de parler de l’oeuvre en elle-même, commençons par nous pencher sur son auteur.

I)Qui est Robert E. Howard ?

Robert E. Howard est un texan, né au début du 20e siècle (1906 pour être précis, bien que ce savoir ne changera rien à votre vie), il passera la majeure partie de sa vie à Cross Plains auprès de sa mère malade. Initié par cette dernière à la lecture, il se décide à écrire relativement tôt suite à sa découverte des Pulps, des périodiques bons marchés publiant des nouvelles (merci wikipédia).  Howard se fait connaître à 19 ans grâce à la revue Weird Tales, qui publie Spear and Fang, sa première histoire aboutie.  S’ensuivent alors quelques années difficiles, c’est en 1928 qu’il se fait connaître, avec les histoires de Solomon Kane, que publie Weird Tales et il faudra attendre 1932 pour que Conan le Cimmérien se fasse un nom reconnu dans le milieu.

Jusqu’en 1936, les aventures du barbare deviendront une référence, qui sera largement imitée plus tard (Henry Kuttner et son prince Elak d’Atlantis entre 1938 et 1941, le duo picaresque formé par Fafhrd et le Souricier Gris de Fritz Leiber introduit en 1939, et d’autres encore). Toutefois, lorsque sa mère tombe dans un coma définitif en 1936, Howard met fin à ses jours, laissant derrière lui de nombreuses notes et brouillons.

II)Qui est Conan et d’où vient-il  ?

Conan est un Cimmérien qui a quitté son pays pour partir à l’aventure. Tour à tour mercenaire, pirate, pillard puis roi, il mène des aventures épiques contre des adversaires dangereux, allant du sorcier maléfique au monstre mythique. Le format délibérément court qu’a choisi Howard permet de donner un côté “aventurier” à son oeuvre, comme si c’était le héros lui-même qui vous contait ses exploits autour d’un bon verre dans une auberge.

La création du personnage s’est faite en plusieurs étapes. Howard, pour faire évoluer son héros, a dû lui créer un univers à sa mesure. Il a, à cette fin, crée un poème, intitulé “Cimmérie”, ainsi qu’une sorte de genèse de son monde, la “Genèse Hyborienne”. Pour ancrer son personnage dans une certaine réalité, et lui donner un côté “possible”, il choisit de le faire vivre dans une période trouble de notre ère, un passé dont on ne se souvient que dans les légendes. Dans sa correspondance avec Lovecraft, il exprime sa volonté de créer un nouveau personnage qui aurait vécu à cette époque. Ainsi, Conan passerait pour un mythe. Afin de renforcer cette idée, il crée une carte de son monde hyborien, basée sur une carte réelle de notre monde, dont il a gardé quelques contours reconnaissables, et en crée de nouveaux. Pour cela, il a suivi les mouvements des plaques tectoniques et les a modifié, rattachant l’Angleterre à la France, effaçant la Méditerranée, et ajoutant par-dessus les territoires de son invention.

A cela, il va aussi incorporer des peuples, les Aesirs et les Vanirs, qui ne sont pas sans nous rappeler les “Ases” et “Vanes” de la mythologie nordique. Ce faisant, il sera facile à Howard de tisser des liens entre son oeuvre, et celles qui existent déjà, ce qui lui confère une certaine légitimité et une reconnaissance qui permet au lecteur amateur de cet univers de s’y retrouver. On pourra alors penser que les peuples décrits dans Conan ont ensuite été mystifiés par les nordiques à travers le temps, jusqu’à devenir des mythes.

Enfin, pour les adversaires et les aventures de Conan, Howard s’inspire des récits mythologiques de Thomas Bulfinch, notamment les récits scandinaves. Tout concorde donc pour faire du Barbare un personnage identifiable, évoluant dans un monde qui pourrait être le notre, comme une légende oubliée que vient nous rapporter le narrateur.

III) L’après Conan.

Howard étant mort “prématurément”, son oeuvre lui a survécu et a continué d’avoir du succès après la disparition de son auteur. J’avais dit dans la partie I qu’il avait laissé derrière lui des notes et brouillons. Ces derniers sont redécouverts entre 1950 et 1965 par Lyon Sprague de Camp, qui s’auto-proclame “co-auteur” de la saga, et décide d’en publier des parties en s’adjoignant ensuite Lin Carter pour l’épauler. Toutefois, au-delà d’une simple publication d’œuvres inédites, Les deux auteurs prennent aussi le parti de supprimer des passages, d’en réécrire d’autres, si bien que Conan va peu à peu s’éloigner de sa version d’origine. Il va au fil du temps devenir plus parodique, l’accent sera mis sur sa force physique, son aspect bodybuildé et on perdra au passage la vision que voulait transmettre Howard. Le film, dont le héros éponyme est interprété par un jeune homme nommé Arnold Scharzenegger, mettra donc en avant un personnage à la grande épée, aux pectoraux saillants et au pagne très (trop ?) léger, si bien qu’il deviendra un sex-symbol . On imagine difficilement ce qu’en aurait pensé ce brave Howard s’il avait su !

C’est (déjà ?) la fin de cet article, en espérant qu’il vous ait plu. Vous retrouverez demain une genèse sur le personnage de Conan, ses aspirations, son développement et ses divergences inter-œuvres.

(Si cet article vous a intéressés et que vous souhaitez en savoir plus, vous trouverez plus d’informations sur le sujet dans La Fantasy d’Anne Besson, mais également dans le mémoire “Conan le Cimmérien, un Barbare entre Civilisation et Sauvagerie” rédigé par Quentin Boscolo.)

 

 

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