Dirk Gently : Un cheval dans la salle de bain et une salière grecque

Vous aimez l’absurde, la science-fiction, l’équitation et les pizzas froides ? Vous allez adorer Dirk Gently (enfin probablement, je crois…)

J’ai déjà parlé dans ma critique de 2001 : l’odyssée de l’espace, de ces livres qui entraînent le lecteur hors de ses habitudes. Dans 2001, c’est notre imagination qui est remise en question, et nos référents communs qui sont mis à mal. Nous sommes comme perdus dans l’espace, côte à côte avec le personnage, et nous sommes dépouillés de ce qui, souvent, est considéré comme le droit légitime du lecteur. Mais ici nous ne sommes pas privilégiés, et c’est avec effort qu’il faut accepter des horizons totalement inconnus, et tâtonner sur le chemin de l’intrigue pour s’extirper enfin de sa lecture.

Dans Dirk Gently, ce ne sont pas les paysages qui sont profondément dépaysants, mais les aller-retours constant entre les réalités et les genres. L’absurde s’immisce en touches sporadiques dans un univers qui se paye le luxe de ressembler souvent au nôtre, si bien qu’il devient impossible de savoir quelles règles régissent l’environnement de l’intrigue. C’est comme jouer aux billes sans connaitre les règles, et sans billes. Et pourtant ce n’est pas désagréable.

La première partie de l’intrigue d’un Cheval dans la Salle de Bain consiste en un enchaînement d’événements surprenants et mystérieux, dont suivre le cours est un véritable périple. Nous sommes tout aussi perdu que le personnage principal, brave homme dans la force de l’âge, dont le patron vient de mourir, et qui vient de trouver un cheval dans une salle de bain, et une salière dans une poterie vieille de plusieurs siècles. Quoi ?

Plusieurs tentatives s’imposent alors à notre esprit : nous essayons de comprendre les règles de l’absurde qui se jouent là, afin d’admettre l’impossible et de trouver une logique à tout cela (c’est un échec), ou nous essayons coûte de coûte d’être pragmatique et raisonnable, et essayons de combler les vides avec d’habituels réflexes (non). Les aventures de Dirk Gently se font en fait un savant mélange des deux, et un curieux mélange de genre, allant de la science fiction au policier, frôlant l’uchronie et plongeant parfois dans un absurde qui serait presque vianesque.

Un Cheval dans la salle de bain nous permet de faire la rencontre de Dirk Gently alors que le mystère ne semble pas pouvoir être plus épais. Il devient alors un phare dans la nuit, et un bien ironique personnage. En effet, son rôle sera principalement de nous faire remonter l’intrigue jusqu’au premier chapitre afin de nous montrer que nous n’avons rien compris, alors que tout était pourtant bien sous nos yeux. L’accumulation d’indices semble soudain bien indécente, et pourtant c’est à n’y rien comprendre.

Dirk Gently n’est pas un personnage habituel. Un peu comme un Sherlock Holmes, il n’est ni beau, ni admirable en tout point, et il faudra un effort pour s’y attacher. Pourtant son assurance et son aisance se font des points d’attache forts, et nous voilà dans son bureau, avec ses téléphones et ses pizzas froides. Il n’a rien à faire pour s’inclure dans l’intrigue, c’est l’intrigue qui vient à lui, tout comme les preuves, les gens, les réponses et les chevaux. Il parait si peu se poser de questions, qu’il en a toutes les réponses.

Alors si vous aimez les univers qui semblent fait de toutes pièces pour vous perdre, nous vous conseillons Un cheval dans la salle de bain, vous y rencontrerez vers la centième page Dirk Gently, qui viendra nonchalamment vous montrez que le monde est ainsi fait, qu’il vit sans vous attendre.

 

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