Point de Discours : Horizon d’attente et banquet, pourquoi n’aimait-on pas Severus Rogue ?

Le concept d’horizon d’attente à été théorisé par Jauss, dans son ouvrage “Pour une esthétique de la réception”. Dans celui-ci, l’auteur définit ce nouvel outil d’analyse comme la somme des références objectives relevant de trois points : l’expérience préalable du lecteur, l’intertextualité, et le contraste entre la réalité et le domaine de la fiction. En d’autre terme, les attentes du lecteur sont forgés par le lieu de l’oeuvre avec la littérature, son utilisation de nos référents communs, mais aussi les codes qu’elle met en place dans le cadre de son intrigue. Ces trois points jouent, consciemment ou non, sur ce que nous allons attendre de l’intrigue. Pour l’auteur, il s’agit donc de jouer sur ces points pour satisfaire, ou surprendre le lecteur. Ce qui nous amène à la fameuse question : mais pourquoi est-ce que nous détestions Severus Rogue ?

Hé bien  parce que tout était fait pour.

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La première personne a décrire le professeur est Percy, et son discours est loin d’être objectif. Fier Gryffondor, celui-ci décrit le directeur des Serpentard comme un personnage effrayant, qui en “connait un rayon en magie noire”, et bha super. Il ne faut jamais oublier que notre vision est souvent celle d’un Gryffondor, et que c’est par leur maison, leurs vies, que nous appréhendons le monde. l’histoire aurait été bien différente si nous avions suivi Drago, ou Goyle. Différente, j’ai pas dit mieux.

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Pour un petit Potter qui vient d’apprendre que ses parents sont morts d’un avada kedavra des ténèbres, la magie noire est le symbole de son manque de parents et d’une séquestration en dessous d’escalier, rien que ça. Quand il apprend donc le lien entre Rogue et les forces du mal, sa première impression ne peut pas être bonne. Ça, et un très mauvais timing aussi. En effet, les confusions entre Quirell et Rogue sont nombreuses dans le premier livre. Lorsque Harry croise pour la première fois le regard de Rogue, il le fait en regardant par dessus le turban de Quirell, où ,attention Spoiler, se cache un demi Voldemort. Sa cicatrice lui fait mal, et il attribue cela à la détestation apparente du professeur de potion. Ceci dit…j’ai toujours eu un doute sur l’origine de ce mal fugace à la cicatrice que Harry ressent. En effet, il n’a pas mal à chaque fois qu’il regarde Quirell, et, même faible, il serait étonnant que Voldemort soit à Poudlard sans avoir pris la précaution de se cacher à la perception de Harry, et de, au hasard…Dumbledore ? Bien sur le directeur a des doutes, mais pourquoi Harry a directement mal dès le premier regard ? On sait par la suite que les émotions et les souvenirs du seigneur du ténèbres réveillent l’éclair sur le front de Harry, et même si il est probable que Voldemort s’agite lorsque le petit Potter se retrouve enfin en face de lui, il est possible que Rogue soit aussi à l’origine de cela. Il est en effet un bon occlumens et legilimens, et pourrait tout aussi bien profiter de ce croisement de regard avec l’enfant pour pouvoir lire ses pensées, afin de le jauger, mais aussi de chercher à atteindre ses souvenirs. Par cela, il pourrait à la fois essayer de revoir Lily, mais aussi tenter de comprendre comment Voldemort à été détruit, et s’il était encore en vie. En chatouillant ce point sensible, la cicatrice deviendrait alors douloureuse, et cela disséminerait d’autant plus d’indices sur la réelle importance du personnage. Mais ce n’est qu’une théorie…hes so perfect harry potter GIF

Les circonstances n’aident donc pas Rogue. Que ce soit lors du banquet ou lors du match de Quidditch, il se retrouve systématiquement lié à ce qui, dans le monde des sorciers, est lié au mal. Mais hors de la diégèse, il observe le même rapport avec le lecteur. En effet, même si il n’était pas rattaché aux ténèbres dans l’intrigue, sa description nous pousserait à nous méfier de lui. Rogue appelle pour ainsi dire en intertextualité des clichés et stéréotypes peu amicaux. Le noir qui l’entoure est, dans les référents communs, rattaché à la mort et au mal, mais il est aussi pâle comme un mort, négligé comme bon nombre de personnages sournois, et il a le nez crochu, comme une sorcière. Son apparence est donc construite en parallèle des méchants et traîtres que nous connaissons habituellement. Sa froideur, son hostilité son cynisme n’ont rien d’une description de chevalier, d’homme de bien et de lumière. Il appartient aux hommes de l’ombre, qui agissent dans le secret et ne mettent personne à l’aise, dans la lignée de Grima ou Kylo Ren en version alternative (d’ailleurs les ressemblances physiques sont là, un peu, non ?). Rogue n’est pas de ces héros de légende, qui voient leurs vies vouées à l’élévation et à l’équilibre. Il n’est pas mauvais pour autant, nous le savons tous. Mais son chemin est celui qui permet de se repentir, de remonter la dure pente de la vie. Il n’est pas entouré d’amour et de lumière, mais prouve que les cœurs les plus vaillants survivent aux heures les plus sombres, et son fait des matériaux les plus inédits.

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Tout est fait pour garder son secret. Dumbledore est le seul, pendant longtemps, à avoir la clef de l’énigme. Rogue joue parfaitement son rôle d’agent double, car il a la place parfaite. Le plus grand défenseur qu’il puisse avoir, Albus Dumbledore lui même, a la preuve ultime de son dévouement. Pourtant, tout dans son allure, son comportement et son passé le lie à Voldemort. Il est un Serpentard, qui toujours lutte pour son but ultime, et cela personne ne peut le renier. C’est cette assurance placide qu’il exulte, cette rigidité sentimentale et sociale qui émane de lui, qui l’ostracisent. Même s’il voulait changer, il ne pourrait pas. Son rôle est la couverture parfaite pour réussir sa mission. Il est condamner à se voiler de ténèbres pour sauver la lumière. Sa réussite, cependant, sera l’occasion d’une revalorisation des Serpentard, et de ces hommes différents, qui font de l’ombre un berceau pour la paix. Hors diégèse, en tant que lecteur, nous en viendrons à regarder différemment ceux qui ne sont ni beaux, ni héros, mais pourtant si importants.

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