Genèse d’un personnage : Lara Croft

J’ai récemment pu mettre la main sur le reboot de la série Tomb Raider, sorti en 2013. Après l’avoir dévoré en quelques heures j’en suis sorti grandi… et plutôt satisfait.

I)Un personnage plus humain.

On va sans doute me cracher dessus pour mes goûts mais soit, j’ai personnellement bien aimé ce reboot. Non pas pour son gameplay, car à ce niveau-là il n’y avait rien d’innovant (surtout qu’étant sorti en 2013 et vu ce qu’on a eu entre temps, ca aurait été fort tout de même), mais pour pour sa profondeur. Pour ma part, j’ai toujours trouvé que ce qu’il manquait à la saga Tomb Raider, c’était cette dimension humaine du personnage.  A l’instar du 4e opus et ses flash-back, dans ce reboot, nous avons l’opportunité de découvrir une jeune Lara Croft en pleine croissance, littéralement. Encore adolescente, à peine entrée dans l’âge adulte, le personnage principal se retrouve confronté à la dure réalité de la vie…ou de la survie. Et ça fait mal. Le scénario nous le fait bien comprendre, bien qu’elle soit une dure à cuire, la jeune Lara a grandi dans un cocon, et sur cette île oubliée elle doit se débrouiller seule. Ses émotions paraissent réelles et sont bien mises en avant, lorsqu’elle se retrouve face à des cadavres, elle prend peur, lorsqu’elle se prend un morceau de bois dans la hanche, elle hurle et souffre, et bien qu’elle se remette à courir tranquillement ensuite (merci le gameplay), on sait que la blessure est là. Ce sont de petits détails, mais ils aident à rendre le personnage plus humain, plus… accessible.

De même, Lara doit également faire face à des choix et leurs conséquences. Pour survivre, elle devra tuer. Ce sera l’occasion d’avoir un aperçu du traumatisme réel que cela représente pour un être humain. Et malgré le fait qu’on abatte ensuite des ennemis comme des petits pains (merci le gameplay), cette première vie qu’elle ôte la fait réfléchir, la change durablement. La lutte pour la survie fait parfois ressortir le pire en nous car c’est le conflit entre l’égoïsme et la bien-pensance, entre l’instinct de survie et les valeurs. Pour vivre il faut faire des choix, et ces derniers ne sont pas toujours en accord avec nos désirs. Lorsque Lara se retrouve à devoir abandonner son ami à une mort certaine, elle n’hésite qu’un court instant, mais c’est suffisant pour nous faire comprendre à quel point ce choix est dur. la fameuse Tomb Raider n’est pas implacable et insensible, cette nouvelle version n’en est certes qu’une ébauche, mais cette ébauche nous parle parce qu’elle nous ressemble. Chacun de ses choix pourrait être l’un des nôtres et nous pouvons dès lors la comprendre.

II)Un mysticisme diffus et amené en douceur et logique.

L’un des aspects qui m’a également beaucoup plu dans ce Tomb Raider, c’est le mysticisme qui s’oppose au rationalisme. Sur cette île il se passe des choses qui n’ont pas forcément de sens. Des choses qui mettent à mal notre raisonnement parce qu’elles échappent à notre compréhension. Lara est quelqu’un de profondément rationnelle, qui cherche une explication scientifique et logique à ce qu’elle voit. Pourtant, à chaque exemple vient le doute, la possibilité qu’elle puisse se tromper. Un subtil “et si…” qui nous fait reconsidérer chaque témoignage d’histoire que l’on croise, chaque conjecture que l’on établit. Le scepticisme est de mise lorsqu’on pratique l’archéologie, car il est parfois facile de mépriser les pensées de peuples ayant vécu il y a très longtemps. Leurs croyances nous paraissent désuètes et enfantines car ces peuples n’avaient pas notre savoir, et compensaient leurs ignorances par des croyances rassurantes. Pourtant lorsque la preuve du surnaturel apparaît devant nos yeux, alors il faut tout reconsidérer, et Lara doit revoir sa rationalité. L’avantage de cette méthode, c’est de toujours laisser le choix au joueur, le choix de croire à l’impossible et de s’ouvrir à un potentiel monde nouveau, ou de demeurer dans sa zone de confort, rassurante et maîtrisée. Car ce que l’homme ne maîtrise pas, l’homme le craint.

III)Une intrigue posée subrepticement.

Je finirai cet article sur un point qui a pour moi toute son importance : l’intrigue. L’avantage de ce Tomb Raider, c’est qu’il introduit les bases de la saga. Nos ennemis ne sortent pas de nulle part, ils ont une histoire, et nous sommes là pour une raison. De plus, le joueur a ici le choix, il peut juste rush le jeu pour goûter à l’intrigue principale, ou prendre le temps d’explorer chaque tombeau pour en apprendre plus sur les antagonistes… et parfois tomber sur de petites surprises. De même, la conclusion du premier épisode nous emmène vers le second, c’est l’opportunité de créer un chemin vers une suite, de lier les épisodes entre eux. J’ai beaucoup aimé cet épisode de Tomb Raider pour ces raisons, pour cette intrigue dévoilée doucement, qui en propose suffisamment à chaque type de joueur en lui laissant le choix, un peu comme si nous aussi nous devenions explorateurs. Ceux qui sont là pour le gameplay peuvent rush le jeu en quelques heures, tandis que ceux qui ont soif de connaissance peuvent prendre le temps d’explorer chaque ruine à la recherche de secret, aux côtés de Lara, nous rapprochant toujours plus de ce personnage si attachant.

En définitive j’ai aimé ce reboot parce qu’il est plein de promesses, l’intrigue n’est pas aussi épaisse qu’un polar mais elle est accessible, comme le personnage. Elle est pour moi écrite correctement et pose les bases d’un développement que j’ai hâte de suivre pour voir jusqu’où il peut mener. Ce n’est pas de la grande écriture, mais c’est un moment agréable à passer avec un personnage attachant, qui n’est pas dans le too much (on appréciera également le fait que Lara Croft ne soit plus sexualisé à outrance et qu’elle n’hésite pas à cautériser ses plaies avec de la poudre à canon, comme un certain John Rambo, quitte à tomber dans les pommes ensuite et à pleurer… comme un être humain normal en fait). Merci Crystal Dynamics pour ce bon moment du coup !

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